L’archiviste dans la cité – Un ver luisant

Vient de paraître aux Editions Universitaires de Dijon un ouvrage aux dimensions pratiques qui permet de voyager léger dans un univers, qui bien que réceptacle de souvenirs familiers, est peu exploré.

Les archives traînent des casseroles dont le bruit ne raisonne souvent qu’au cœur de l’actualité, ainsi une fois les « affaires » classées les rats de bibliothèques peuvent trier et conserver le silence des ragots au même titre que les poussières recouvrant ces clichés sépia.

Un bestiaire péjoratif comme une panoplie professionnelle, entre fourmis et souris, dont le ver luisant sous la plume de Balzac* a le mérite de la poésie et de l’efficacité éclairante, même si elle tient en quelques lignes dans le roman de la vie.

L’archiviste est certes discret mais pas muet, c’est pourquoi Edouard Bouyé, directeur des Archives Départementales de la Côte-d’Or depuis 2013, nous propose un autoportrait peint de l’expérience et d’une personnalité entraînante.

Un mémoire dont l’approche de la fonction ne se départ pas du sensible et de certaines polémiques.

On y découvre que le métier d’archiviste demande des capacités que ne peuvent plus satisfaire les victimes du placard professionnel des collectivités, un statut de « dernière roue du carrosse » qui perdure même si les jeunes diplômés, amoureux du patrimoine, savent s’adapter à toutes les époques pour faire évoluer les poncifs.

Pour se faire la formation est primordiale, de l’école nationale des chartes, dont Edouard Bouyé est issu, qui prépare aux métiers de la conservation du patrimoine écrit en France, aux nombreuses formations universitaires professionnelles qui depuis dix ans ont fleuri sur le territoire, à l’image de la licence APICA de l’IUT de Dijon.

Un apprentissage solide qui doit offrir la polyvalence nécessaire à la variété d’un métier fait de conservation, de compréhension et de persuasion envers un organigramme dont le zénith est très éloigné du Service des Archives.

Edouard Bouyé par le nombre de ses anecdotes, au réalisme philosophique, laisse transparaître que la passion est le deuxième moteur indispensable à l’archiviste.

Une qualité essentielle et communicative depuis l’arrivée d’internet.

Pour les archives « le numérique est une révolution silencieuse mais glorieuse« , un moyen d’émerger tout en développant leur fonction essentielle de communication des documents. (30 millions de pages consultées en 2015 sur le site des archives départementales de la Côte-d’Or)

Etre plus proche des « lecteurs » demande à l’archiviste une acrobatie entre le respect des normes internationales de l’archivistique et les besoins d’un accès de plus en plus aisé, et ciblé, à l’information.

Une alliance du technique et de l’humain émerge dans ce livre à travers le récit des multiples rencontres d’Edouard Bouyé avec des personnes à la recherche de vérités, sur des membres de leur famille, ou de leurs origines, en cas d’adoption, des dossiers conservés qui font des Archives, et de leur responsable, le gardien de lourds secrets.

Car ces « vieux papiers » sont autant de vies qui ne demandent qu’à s’exprimer à nouveau.

Archives publiques mais aussi archives privées, de famille, qui par les tourments du XXe siècle éclairent l’intimité de l’Histoire.

La Grande Collecte, lancée en 2013 afin de récolter et numériser les archives des français relatives à la Grande Guerre, a été un succès qui montre l’attachement du public à ses racines.

Les Archives Départementales, en se faisant le dépôt de cette mémoire « populaire » donne une force au souvenir de chacun, une volonté d’offrir aux historiens-chercheurs un passé sous un jour moins officiel, complément des archives publiques.

Edouard Bouyé l’écrit et l’affirme : « Vos archives nous intéressent !« , et pour se faire permet par la parole de réveiller les mémoires.

La lecture d’archives, que ce soit un diplôme de l’Empereur Louis le Pieux daté de 836, plus ancien document conservé aux archives de la Côte-d’Or, ou une lettre de Poilu, permet de faire revivre une époque d’autant plus facilement qu’elle est proche de nous.

Ainsi, le 4 octobre 2014, dans le salon des hommes de guerre du château de Bussy-Rabutin, le choc des conflits nous a entrainé dans les « paysages intimes » lus par Edouard Bouyé, auteur des textes d’introduction, et le comédien Thibault de Montalembert. (Cliquez sur le bouton lecture pour en entendre un extrait)

Des archives vivantes pour tous, tel est le combat de ces nouveaux archivistes dont Edouard Bouyé livre les joies et les contraintes d’un métier à découvrir dans un petit livre, qui, tel le ver luisant, se veut arme de séduction dans la discrétion.


Edouard Bouyé, « L’archiviste dans la cité – Un ver luisant« , Editions Universitaires de Dijon, collection « Essais », février 2017, 105 pages, ISBN 978-2-36441-200-2


* Honoré de Balzac, Ferragus, 1833

Ma Belle Parfumerie – 6 rue Vauban

L’excellence n’a pas (toujours) besoin d’immensité, ainsi cette boutique est un espace réduit qui séduit de prime abord.

Les yeux mis-clos, narines dilatées, laissez-vous aller à vagabonder…

Entre liquide, poudre et cire, les textures sont offertes à vos désirs de voyages inhalés.

Rien d’illégal, tout est permis, et cette Belle Parfumerie, acte de propriété et de fierté mêlées, saura vous fournir des objets de dévotion, à l’être aimé, à vous-même, ou à votre home sweet home.

Un peu éloignée des artères principales nous sommes ici dans la parfumerie de niche, dans la tradition française de la Grande Parfumerie.

Un univers intimiste qui oblige à certains sacrifices.

Quittez donc les allées des hypermarchés de la beauté, feuilletez, avec discernement, les magazines aux publicités retouchées, et, surtout, ne rêvez plus d’une belle vie à l’exclamation de Julia Roberts & Co.

Ici, dans la réalité, Baudelaire vous invite au voyage : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. »

« Les plus rares fleurs / Mêlant leurs odeurs / Aux vagues senteurs de l’ambre »

Attention au départ, Caroline est votre hôtesse pour 9 destinations inoubliables.

En ces derniers jours d’hiver, vous révez de chaleur et de Dolce Vita ?

Direction ACQUA DI PARMA, une maison artisanale centenaire, d’abord masculine qui, dans l’air du temps, a cédé aux questions de genre.

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Mixte, frais, ensoleillé, prenez en terrasse un soupçon de « Colonia« , un classique aux multiples dérivés, à l’esprit chic et intemporel d’une cologne citronnée bullée de savon piquant.

Aprés un bain de Parme, si nous corsions les choses ?

Destination PARFUM D’EMPIRE, où Marc-Antoine Corticchiato, en vrai ressortissant de l’île de beauté, aime à surdoser les parfums, bonne tenu (militaire ?) exigée pour champ de bataille intime.

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Fougére Bengale aux extraits de cigare à la bouche et de peau chauffée, et surtout Yuzu Fou, un citron japonais, presque confit, trés trés frais… parfait parfum d’empire des sens !

Ce soir ou jamais !!!

Une invitation express d’ANNICK GOUTAL à ne pas refuser.

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Retour sur le continent pour découvrir une maison plus féminine (Mais pas que !), proche de la nature, romantique, aux belles histoires et aux 40 parfums doux et frais.

La nouvelle sainte de Dijon s’énivre d’Encens flamboyant, et le bel Antinoüs déclame, de son haleine hespéridée, l’hommage de Marguerite Yourcenar à la mémoire de son empereur-amant. (Les Nuits d’Hadrien, pour faire simple)

Prochaine étape : immobile !

Asseyez, feuilletez, inspirez !

Si l’odeur d’une madeleine a pu donner l’un des chefs-d’oeuvre de la littérature française et mondiale, la réciproque est aussi possible.

JARDINS D’ECRIVAINS est l’oeuvre d’une liseuse compulsive. Anaïs Biguine dévore, digére et distille, en eau de parfum, l’odeur spirituelle des écrivains ou de leurs héros.

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Gigi (Colette) est une innocente à l’herbe fraiche coupée qui se coule petit à petit dans son environnement naturel de tubéreuse, musc blanc et bois de santal trés féminin.

Junky (William S. Burroughs) est un héroïnomane assagi aux véritables extraits de cannabis (Thérapeutique ?)

Et Wilde, un irlandais propret aux notes de thé dont les amours anté-victoriennes le tourne vers les boutonniéres de fleurs blanches capiteuses et d’oeillet vert.

Dans la même veine, Gérald Ghislain a créé HISTOIRES DE PARFUMS.

Où les chiffres, plus historiques que mathématiques, se font olfactifs.

1804 ? Début du 1er empire !

Pas tout à fait ! Plûtot la naissance d’une féministe orientale florale (George Sand)

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Et ainsi de suite… 1828 (Jules « Boisé hespéridé » Verne), 1740 (Donatien « Boisé chypré » de Sade), 1873 (Colette ; fem. hespéridé gourmand)…

La page est tournée !

Même si quelquefois les parfumeurs ressuscitent les morts littéraires et en font des héros 2.0 (Ou juste des zombies qui veulent sentir bon ?) :

AttentionJULIETTE HAS A GUN !

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De Vérone à Londres, la gentille Juliette a largué son Roméo pour une rebelle attitude. En anglais dans le texte, elle déclame « Not a perfume » pour nous déstabiliser, se présente à l’élection de Miss Charming et pousse des MMMM…

« L’amour est une fumée formée des vapeurs de soupirs »

Laissons vagabonder ce noble sentiment dans son écrin naturel. Direction Paris !

De notre précédente escale dans le sofa, entouré de créatures de papier, nous retrouvons une héroïne de JARDINS D’ECRIVAINS : La Dame aux camélias.

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Avec son flacon poire cette délicate horizontale se parfume d’une cologne de nuit (…) qui embaume le corps des amoureuses, et de leurs partenaires.

Odeur de draps, de déshabillé, d’une peau de désir, qui n’a rien à envier à ses petites-filles dans le métier, LES COCOTTES DE PARIS.

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La Castiglione est chyprée, alliance d’ambre, de cédrat et de réglisse, capable de séduire un roi (De Savoie puis d’Italie) et un empereur aux belles bacchantes.

Mlle Cléo (De Mérode) est épicée, entre coton, litchi et ylang-ylang, séductrice du roi des Belges, et de bien d’autres, héroïne de cartes postales distribuées à sa beauté.

Enfin, la Belle Otéro est fleurie, gentille violette, envoutant santal qui charma le roi d’Angleterre et le cinématographe naissant.

Faites votre choix !

Ces icônes des fastes du second empire, et de la Belle Epoque, marquent aussi l’émergence du luxe à la française et de l’affirmation féminine.

Aujourd’hui TERRY DE GUNZBURG incarne cette attitude, affranchie de l’argent de ces messieurs.

Un talent pur au service de la beauté et particuliérement du maquillage qui l’a vu oeuvrer auprés de monsieur Saint Laurent, pour ses collections de Haute Couture, avant de créer sa propre collection « By Terry« .

Une ligne aux couleurs riches et aux soins mélés, à la texture fine tout en étant bien pigmentée, que vous retrouvez à la « Belle Parfumerie », à la vente et en maquillage sur mesure.

Depuis 2012 Terry est passée aux parfums, avec la même exigence.

Une élégance intemporelle, sophistiquée, très, très chic.

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Offrez un énorme bouquet de fleurs avec Rose infernale, aux notes épicées, ou encore Fruit défendu, qui porte en lui les couleurs d’une affolante tentation (…).

Derniére étape de notre voyage, vers un quartier parisien qui ressemblerait à St-Germain des Prés, entre librairies rares et maisons de luxe galopantes.

Les éditions de parfums FREDERIC MALLE représentent depuis 2000 les meilleurs parfumeurs d’aujourd’hui et d’hier, une véritable Pléiade olfactive, où le Nez est un artiste à part entiére, de la création à la signature.

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En 16 ans, 22 parfums sont nés de ces collaborations, où le compositeur méle la sensibilité des accords au lyrisme des noms :

L’eau d’hiver de Jean-Claude Ellena est composée comme une aquarelle, de la transparence des agrumes à la douceur du miel, l’écriture olfactive est limpide et minimale.

Portrait of a lady de Dominique Ropion, est un best seller baroque, symphonique et somptueux, alliant un fort dosage de rose turque aux musc, patchouli et encens.

Comme le dit l’auteur : « Un parfum mi-robe du soir, mi-conte des mille et une nuits« .

C’est ainsi que le voyage s’achéve pour un retour en douceur à Dijon et particuliérement dans cette « Belle parfumerie« , boudoir de voyages concentrés, où Caroline, formée à la parfumerie à Lyon, sera à même de vous conseiller pour trouver votre (ou vos) alter ego olfactif.

Ces 9 maisons de parfum offrent un choix de qualité, un soupçon d’exceptionnel et d’originalité, éloigné des sirénes du merchandising de masse.

Méfiez-vous, la parfumerie de niche est un plaisir dangereux, quand on y a gouté on ne peut plus s’en passer.

Et même si les prix peuvent sembler plus élevés, remplacer son eau de toilette par une eau de parfum bien concentrée, et attachante, rend la folie raisonnable.

Personnellement mention spéciale à Wilde de JARDINS D’ECRIVAINS et à l’eau d’hiver de Jean-Claude Ellena pour FREDERIC MALLE.

Véronique Barrillot – 98 rue Berbisey

Etincelles, gestuelles, visuelles telles sont les oeuvres de Véronique Barrillot, dijonnaise self made woman de l’art en mode « american way of life ».

Sa vie bien rangée alliant tourisme et prêt à porter de masse a, au seuil de la quarantaine, explosée pour exposer, voyager et enfin vivre d’une passion qui jamais ne l’a vraiment quittée.

Pas d’école des Beaux-Arts mais l’école de la rue et un certain goût pour les fresques urbaines qui loin d’une expression rageuse contre la société suivent tout de même la ligne de la commande.

Vous en avez un petit aperçu, rue Dauphine, dans un hommage gestuel aux silhouettes du patrimoine dijonnais.

D’une main signée se suit le fil de Dijon à l’Ours de Pompon, aux pleurants des tombeaux des ducs et au vigoureux Bareuzai

Une graphie manuelle pour une fresquiste qui joue de la précision du pinceau plutôt que de la bombe.

Un travail minutieux pour grands espaces de défoulement entre la chaussure de foot géante pour le Dijon Football Côte-d’Or et la facade du Klube, complexe sportif à Ahuy.

A celle qui voulait vivre d’un art que Pôle Emploi ne voyait que de ravalement, la vie a heureusement dépassé la survie pour fièrement faire vibrer les murs de sculptures dessinées.

New-York, dont la statue de la liberté tient sa structure du dijonnais Eiffel, l’a vu représentée par Véronique en septembre 2013 à Five Pointz, un espace d’exposition en plein air à Hunters Point, dans le Queens.

Dix mètres de haut, écharpe tricolore comme une élue de charme, entourée des pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne alors en tournée triomphale outre-atlantique.

Etonnant mix dans la mecque du Street Art : 20.000 mètres carrés de murs, qui en 20 ans ont contribué au rayonnement de la culture hip hop dans le monde.

Une ode graphée contre la violence urbaine qui a définitivement disparue, passée au « blanc » dans la nuit du 18 au 19 novembre 2013, deux mois après la réalisation de Véronique en hommage aux nombreuses racines qui forment cette cité cosmopolite.

Une expérience qui demeure néanmoins comme le point de départ triomphal d’un talent à l’américaine qui sait oser sans se départir de ses rêves.

La définition d’une vie épanouissante qui relie toujours Véronique à un pays au combien étonnant et toujours curieux de nouveauté.

Ses tournées sont donc nombreuses, de Washington à Houston*, en passant par Monaco et Paris, comme en ce moment (Jusqu’au 19 février) le Salon des Artistes Français au Grand-Palais, un véritable parcours dans le bon art actuel.

Véronique brille par ses coups de pinceaux et ses coups d’audace, toujours à la recherche d’innovation technique, elle joue sur les apparences dans un jeu de transformation à la « Dorian Gray » ou le portraituré affiche une double personnalité.

Atelier, rue Berbisey

Après le classicisme qui se voulait une représentation fidèle, physique et quelquefois morale d’un individu, l’arrivée de la photographie a chamboulé cette image picturale pour lui offrir les impressions d’une réalité toujours plus complexe que notre perception.

Pointillisme, fauvisme, cubisme en sont les héritiers auxquels Véronique importe de ses expériences new-yorkaise le pop art de Warhol et le trait graphé de Basquiat.

En découle dans la lignée des « -ismes » un « Wildisme underground » qui étonne par l’alliance de la technique et de l’inspiration.

Face à la toile et suivant vos mouvements, votre perception se substitue au visage évanoui devant l’autre, les jeux de mots (« Dalincoln« ) et les hommages hollywoodiens (Ci-dessous) découlent d’une technique nouvelle poussant toujours plus loin cette idée que tout change toujours plus vite que notre analyse.

Hommage à David Cronenberg – Mix entre « La Mouche » et l’acteur Jeff Goldblum – En résulte sous un certain angle une vague image d’Oscar Wilde – 2015, Acrylique, 200 x 200 cm

Une expérience qui capte la vie dans ses instants, dans ses mouvements, reflet perturbateur de notre époque qui plus que jamais n’appartient qu’aux audacieux qui comme Véronique traversent les frontières des difficultés pour offrir aux moins téméraires le fruit nouveau de leurs découvertes.

Illustration parfaite d’un art au combien nécessaire pour se jouer des faux-semblants.


*Véronique Barrillot expose en Mars à Houston et en Mai à Washington.

Pour les curieux casaniers, son atelier est ouvert en vitrine et à la visite de son univers au 98 rue Berbisey, où, pour une fois, il n’aura pas fallu écumer les bars voisins pour s’offrir une vue double.


En ouverture d’article : détail de la toile « Camp’Hell Soup« , 2016, Acrylique, 190 x 130 cm

GéNéRiQ – Le festival des tumultes musicaux en villes

GéNéRiQ met depuis 10 ans l’eau à la bouche des afficionados musicaux qui ne veulent pas être à l’Ouest des nouvelles tendances annoncées par ce festival de Bourgogne-Franche-Comté, avant-garde des Eurockéennes de Belfort.

Une pré-collection d’artistes de tous styles, de toutes époques et de tous horizons pour une organisation symphonique entre Le Moloco (Audincourt), Le Noumatrouff (Mulhouse), La Rodia (Besançon), La Poudrière ( Belfort) et La Vapeur (Dijon).

Une mélodie citadine pour lieux intimistes, monuments de prestige et endroits bizarres qui ne s’ouvrent pas toujours aux notes, tout au moins aux rythmes que peuvent leur imposer le rock rageur de Shame, la folie de Super Parquet ou l’électro pop classieuse de Paradis.

Un festival pochette surprise aux 53 artistes, 38 lieux investis et 21 rendez-vous gratuits, pour une fête ouverte entre scène locale et internationale.

Le pompon de ce manège musical étant en ouverture, le mardi 14 février, bien que doublé déjà complet, le concert de Patti Smith dans la chapelle de Ronchamp, seule exception à la règle urbaine, à la demande express de la marraine du punk, pour une offrande, à ce lieu de culte et de design du Corbusier, de ses œuvres entre poésie Beat et garage Rock.

Un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO qui comme le centre ville de Dijon bruisse des notes de la vie aux gammes multiples.

Trente artistes pour la capitale de la grande région avec pour point de ralliement quotidien le Cellier de Clairvaux, afin de prendre un verre, croquer l’appétit, fabriquer de belles choses en famille ou entre amis et assister à un concert différent, et gratuit, chaque soir, du 16 au 18, à partir de 18h30.

Jeudi, rythmes indie soul avec l’islandais aux accents Motown Jùnius Meyvant, vendredi,  les frangins américain Tonstartssbandht se la jouent stoner-indie-foutraque pour un style qui matraque et samedi rock & roll qui trinque au Bourbon, à la boue et au sud des Etats-Unis avec King Mud.

De quoi voyager, bouger et se lâcher sur un m² !

Le festival s’ouvre à Dijon mercredi 15 février à 20h à l’Atheneum, centre culturel du Campus, par une création totale à regarder et écouter « Sympathetic Magic« , un concert dansé co-signé par Peter van Poehl à la musique et Héla Fattoumi et Eric Lamoureux de Via Danse, le centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort.

Une création régionale à l’effet boomerang entre musique pop, voix cristalline, guitare et percussions qui dialoguent avec deux corps entremêlés sur scène, de quoi vibrer en se sentant bien au chaud comme dans un petit cocon.

Laissez vous aussi bercer par la Péniche Cancale qui vogue gratis, jeudi 16 à 18h, aux rythmes de la techno tribale de Pouvoir Magique pour une rave en plein air et de l’afro-electro de SSCK (Mawimbi), un DJ marionnettiste des kids défoulés.

Le soir à 21h soirée hip hop avec Roméo Elvis, rappeur en mode Snoopy sympa, et Abdu Ali, rappeur queer et résistant du respect à travers la musique, tandis que le vendredi 17, même heure, les trois suisse d’Olten n’offrent pas de remise sur le noir, sombre introduction à l’électro industrielle de Horskh, duo bisontin qui veut tout faire péter.

Lieu plus classique, la salle de Flore du Palais des Ducs invite au bal métal acoustique des belges Amenra, du hardcore charnel qui promet de : « Transpercer ton petit corps »… Si intéressé rendez-vous jeudi 16 à 20h30 !

Autre trésor du patrimoine censé être sage, la salle des Actes (Ex-Rectorat), 51 rue Monge, offre des concerts ouverts à tous, vendredi 17 à 18h avec Super Parquet pour de la musique traditionnelle transcendantale, une expérience totale garantie entre la fête du village en Auvergne et le Technival dans le Larzac. Dimanche 19 à 16h même endroit pour une excursion au son de Bayonne, un DJ américain, groupe solitaire aux entités électroniques fumantes.

Au Consortium, haut lieu dijonnais de la création contemporaine, le mariage est plus naturel, avec la programmation saisonnière pointue de son département musique « Ici L’Onde« .

Les rencontres GéNéRiQ n’en sont pas moins riches de découvertes avec vendredi 17 à 20h le punk electro de HMLTD, à faire rougir les Sex Pistols, et le post pop punk de Kite Base à la mélodieuse noirceur d’un complexe origami musical.

Dimanche 19 à 18h ambiance apaisée avec le duo français Paradis qui propose une electro-pop romantique, sensation parallèle à l’océan de douceur offert par le canadien Andy Shauf tandis que l’australien Alex Cameron nous invite à apprendre de ses rythmes cabossés.

Les enfants ne sont pas en reste de bons sons et de leçons avec La Minoterie qui leur propose samedi 18 à 14h un atelier « Appli qu’on nous » animé par la Gaîté lyrique, suivi d’un concert de musique rock dès 6 ans par Pick’O’Rama de Mamoot.

Enfin en point d’orgue la flamande An Pierlé nous entraîne aux harmonies divines de sa voix puissante et sensuelle vouée aux lieux de culte, de la cathédrale Saint-Jean de Besançon, mercredi 15 à 20h30, à la cathédrale Saint-Christophe de Belfort, jeudi 16 à 21h jusqu’au Temple Protestant de Dijon, samedi 18 février à 17h30.

Une envolée sacrée pour célébrer en beauté cette musique qui adoucit les mœurs tout en faisant si peur aux extrémistes de tous poils.

Les Péjoces – 239 rue d’Auxonne

Les Péjoces est à Dijon ce que le Père-Lachaise est à Paris, l’illusion d’une gloire posthume se mesurant à l’ampleur et l’ornementation de ces chapelles privées dont l’actuel abandon relativise cette ambition.

Ce cimetière, créé en 1885, s’étend sur un parc de 30 hectares, alliance du végétal et du minéral assez agréable pour permettre aux vivants de sacrifier au rite social de la Toussaint, hommage annuel à leurs défunts.

Le reste de l’année, le calme du lieu n’est rythmé que par les nouveaux venus accompagnés des pleurs qui en s’éloignant ne laissent inscrit dans le marbre que l’identité sommaire de celui qui a fait leur joie.

Les sépultures plus anciennes gagnent d’une époque aux mémoires d’outre-tombe la bataille du souvenir et de l’implacable oubli en interpellant le passant pour une prière, un moment de recueillement ou par une anecdote, dialogue de chair à pierre ou le mélancolique promeneur apporte le battement d’un coeur quelques minutes partagé.

Une terre nourrie d’émotions, de sentiments et d’amour pour la plupart à jamais enfuis sous la peur de notre propre disparition, ironiquement symbolisée par la lente décomposition des chrysanthémes.

Certaines tombes expriment bien plus, en hommage à une vie de gloire, de réussite ou de passions, qui les transforment en monuments d’une exception dont le souvenir habite notre quotidien.

Edifices des grandes familles aux noms gourmands (Mulot & Petitjean, L’Héritier-Guyot), de dix-sept maires de la ville de Dijon, de l’ingénieur Darcy et des soldats français, allemands, russes, italiens, belges et du Commonwealth morts pour leur patrie lors des conflits du XXe siècle, particulièrement la Grande Guerre.

Un jardin de recueillement qui appelle à la sensibilité telle cette pierre isolée nourrie de ces mots :

Les anges … composent tes chants, mélodieux murmure / Qui s’échappe du coeur par le coeur répondu, / Comme l’arbre d’encens que le fer a fendu / Verse un baume odorant le sang de sa blessure ! / Aux accords du génie, à ces divins concerts, / Ils mêlent étonnés ces pleurs de jeune fille / Qui tombent de ses yeux et baignent son aiguille, / Et tous les soupirs sont des vers ! *

Poème épitaphe d’une lingère dijonnaise, Antoinette  Quarré, qui fait partie de cet essaim chantant de jeunes filles issues des rangs populaires, encouragées par les grands poètes à dépasser leur labeur quotidien pour s’élançer dans la carrière à un rythme tel qu’elles se heurtèrent très tôt contre la tombe.

Antoinette Quarré, née le 16 janvier 1813 à Recey-sur-Ource et morte le 25 novembre 1847 à Dijon

Ces années romantiques (1815-1848) sont les prémices d’une lutte des classes où la plume permet de sortir de l’aiguille, Elisa Mercoeur s’attire ainsi les louanges de Chateaubriand, Musset et Hugo tandis qu’Antoinette Quarré reçoit les encouragements d’Alphonse de Lamartine par cet épître dédié en août 1838 * »A une jeune fille poète » (Paru dans « les Troisièmes méditations poétiques » – 1849)

Une distinction qui lui ouvre les portes des salons de Dijon et de publications bourgeoises comme le « Journal des demoiselles« .

Aujourd’hui ces écrits peuvent être jugés sévèrement, évoquant les envolées lyriques de Walter Scott et les lointains prémices d’une Barbara Cartland dont le succès n’a eu d’égal que la mièvrerie :

Puis je voudrais avoir, au rang de mes conquêtes, / Des héros, des vainqueurs, beaux de gloire et d’amour, / Des princes conviés à mes brillantes fêtes, / Et des rois à ma cour.

Mais, pour tous ces amants insensibles et sévères, / A celui que j’aimais gardant toujours ma foi, / Aimante avec lui seul, avec les autres fières, / Je serais toute à toi !

(Extrait « Elégie« )

Pourtant ces poèmes dénotent, sous couvert d’un romantisme certain, un point de vue féminin aux préoccupations maternelles sensibles, une nouveauté amorcée par Antoinette, lettrée du monde ouvrier, et qui ne connaitra son épanouissement qu’à la fin du siècle :

Que de fois j’ai rêvé, seule, hélas ! sur la terre, / Un ange aux blonds cheveux qui me nommait sa mère, / Un enfant blanc et rose entre mes bras couché, / Jeune être souriant au soleil, à la vie, / Unique et cher espoir de mon âme ravie, / Trésor où mon amour se serait épanché !

(Extrait « Un fils« )

Cette fraicheur de vue, le soutien de Lamartine et les hommages à la famille royale, des Orléans, ont permi l’ouverture d’une souscription, ancêtre du financement participatif, à laquelle 263 notables du département  répondirent en 1843 pour l’édition d’un recueil de quarante de ces poésies.

Y figure l’extraordinaire remerciement à l’épître de Lamartine : (Extrait)

Oh ! Qui m’eût dit jamais, quand de tes chants ravie, / Recueillant tous les sons de ce luth immortel, / De mon coeur qu’enivrait ta sainte poésie, / A ton harmonieux et sublime génie / J’avais fait un autel ;

Quand, au sein de ce monde, où le malheur isole, / Ton livre, confident de mes chagrins divers, / Etait pour moi l’ami, dont la tendre parole / A toutes nos douleurs se mêle, et nous console / Des jours les plus amers ;

Constat étonnament moderne d’une solitude besogneuse qui deux siècles plus tard trouve plus d’un écho, à la différence que la culture et le talent n’y peuvent rien changer.

D’abord inhumée dans un cimetière qui se trouvait près de l’actuelle Avenue Victor Hugo, ses cendres furent transférées au cimetière des Péjoces dans ce monument érigé après souscription auprès de ses nombreux admirateurs

C’est ainsi que devant ce monument aux vers salvateurs, s’entrechoquent les époques, les esprits et les rêves pour une rencontre qui se fait l’écho parfait, amitié rimée, d’une « Visite au cimetière » : (Extrait)

Salut ! champ des tombeaux ! terre paisible et sainte, / De larmes arrosée et d’espérance empreinte ! / Qu’un autre en t’abordant pâlisse avec effroi, / Qu’il se trouble et s’enfuie, il peut trembler; mais moi, / Moi dont la vie, hélas ! a perdu sa chimère, / Pour qui le pain est dur et l’espérance amére,

Dont le coeur, tout aimant, trahi dans son amour, / N’a plus de doux liens qui l’attachent au jour, / Et dont l’âme, en ces lieux étrangère, exilée / Comme l’aigle des monts captif dans la vallée, / Soupire avec ardeur vers un destin nouveau, / J’aime à venir ici réver sur un tombeau.