Véronique Barrillot – 98 rue Berbisey

Etincelles, gestuelles, visuelles telles sont les oeuvres de Véronique Barrillot, dijonnaise self made woman de l’art en mode « american way of life ».

Sa vie bien rangée alliant tourisme et prêt à porter de masse a, au seuil de la quarantaine, explosée pour exposer, voyager et enfin vivre d’une passion qui jamais ne l’a vraiment quittée.

Pas d’école des Beaux-Arts mais l’école de la rue et un certain goût pour les fresques urbaines qui loin d’une expression rageuse contre la société suivent tout de même la ligne de la commande.

Vous en avez un petit aperçu, rue Dauphine, dans un hommage gestuel aux silhouettes du patrimoine dijonnais.

D’une main signée se suit le fil de Dijon à l’Ours de Pompon, aux pleurants des tombeaux des ducs et au vigoureux Bareuzai

Une graphie manuelle pour une fresquiste qui joue de la précision du pinceau plutôt que de la bombe.

Un travail minutieux pour grands espaces de défoulement entre la chaussure de foot géante pour le Dijon Football Côte-d’Or et la facade du Klube, complexe sportif à Ahuy.

A celle qui voulait vivre d’un art que Pôle Emploi ne voyait que de ravalement, la vie a heureusement dépassé la survie pour fièrement faire vibrer les murs de sculptures dessinées.

New-York, dont la statue de la liberté tient sa structure du dijonnais Eiffel, l’a vu représentée par Véronique en septembre 2013 à Five Pointz, un espace d’exposition en plein air à Hunters Point, dans le Queens.

Dix mètres de haut, écharpe tricolore comme une élue de charme, entourée des pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne alors en tournée triomphale outre-atlantique.

Etonnant mix dans la mecque du Street Art : 20.000 mètres carrés de murs, qui en 20 ans ont contribué au rayonnement de la culture hip hop dans le monde.

Une ode graphée contre la violence urbaine qui a définitivement disparue, passée au « blanc » dans la nuit du 18 au 19 novembre 2013, deux mois après la réalisation de Véronique en hommage aux nombreuses racines qui forment cette cité cosmopolite.

Une expérience qui demeure néanmoins comme le point de départ triomphal d’un talent à l’américaine qui sait oser sans se départir de ses rêves.

La définition d’une vie épanouissante qui relie toujours Véronique à un pays au combien étonnant et toujours curieux de nouveauté.

Ses tournées sont donc nombreuses, de Washington à Houston*, en passant par Monaco et Paris, comme en ce moment (Jusqu’au 19 février) le Salon des Artistes Français au Grand-Palais, un véritable parcours dans le bon art actuel.

Véronique brille par ses coups de pinceaux et ses coups d’audace, toujours à la recherche d’innovation technique, elle joue sur les apparences dans un jeu de transformation à la « Dorian Gray » ou le portraituré affiche une double personnalité.

Atelier, rue Berbisey

Après le classicisme qui se voulait une représentation fidèle, physique et quelquefois morale d’un individu, l’arrivée de la photographie a chamboulé cette image picturale pour lui offrir les impressions d’une réalité toujours plus complexe que notre perception.

Pointillisme, fauvisme, cubisme en sont les héritiers auxquels Véronique importe de ses expériences new-yorkaise le pop art de Warhol et le trait graphé de Basquiat.

En découle dans la lignée des « -ismes » un « Wildisme underground » qui étonne par l’alliance de la technique et de l’inspiration.

Face à la toile et suivant vos mouvements, votre perception se substitue au visage évanoui devant l’autre, les jeux de mots (« Dalincoln« ) et les hommages hollywoodiens (Ci-dessous) découlent d’une technique nouvelle poussant toujours plus loin cette idée que tout change toujours plus vite que notre analyse.

Hommage à David Cronenberg – Mix entre « La Mouche » et l’acteur Jeff Goldblum – En résulte sous un certain angle une vague image d’Oscar Wilde – 2015, Acrylique, 200 x 200 cm

Une expérience qui capte la vie dans ses instants, dans ses mouvements, reflet perturbateur de notre époque qui plus que jamais n’appartient qu’aux audacieux qui comme Véronique traversent les frontières des difficultés pour offrir aux moins téméraires le fruit nouveau de leurs découvertes.

Illustration parfaite d’un art au combien nécessaire pour se jouer des faux-semblants.


*Véronique Barrillot expose en Mars à Houston et en Mai à Washington.

Pour les curieux casaniers, son atelier est ouvert en vitrine et à la visite de son univers au 98 rue Berbisey, où, pour une fois, il n’aura pas fallu écumer les bars voisins pour s’offrir une vue double.


En ouverture d’article : détail de la toile « Camp’Hell Soup« , 2016, Acrylique, 190 x 130 cm

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