Grain de Cassis – 14 rue Rameau

A Dijon, dans un jeu de vitrines, les palais se confondent.

Des ducs aux papilles pointe une religion gustative dont les savoureuses prières s’égrènent, de la tradition à la curiosité, pour encourager le péché de gourmandise, éteignoir d’une diabolique morosité.

Cette épicerie propose ainsi de vous convertir au fil de son chapelet, dont chaque étape est une perle, fine ou baroque, du terroir.

Grain de Cassis…

Eponyme hommage à la Bourgogne dont la capitale se fait une renommée d’autres graines, fruits d’une spécialité mondialement réputée et localement  réappropriée grâce aux exploitations et aux productions 100% locales des moutarderies « Fallot » et « La Reine de Dijon« .

Un retour aux sources et à la tradition d’une fabrication au plus près de la consommation, jusqu’au fait maison, avec un coffret ludique proposé par « Radis et Capucine« .

Autre sauce d’accompagnement, le ketchup cassis, réduction du fruit, de son vinaigre et d’épices, est le nouvel ami des viandes, petits légumes et fromages, concocté dans les Hautes-Côtes de Nuits par « La ferme fruirouge« , qui offre, en production biologique, cette goûteuse alternative en plus des confitures, boissons et coulis issus plus généralement de ce petit fruit typique de la région.

Un produit d’exception quand il provient d’une variété de baies d’une qualité incomparable appelée Noir de Bourgogne, puissance d’un terroir que « Mickael Antolin » marie à l’élégance de la violette et à la délicatesse de la vanille, afin d’obtenir une crème de cassis qui se suffit à elle-même, à boire sur un lit de glaçons ou associée à des alcools forts, pour se recréer, libérée de l’aligoté.

Grain d’Orge…

Le fameux mélange n’en perd pas son statut de Nectar Star et l’homme d’église et d’état qui lui donna son nom y gagne par ailleurs un hommage fermenté avec « Elixkir » une brasserie artisanale de Couternon.

Ces bières, blanches, blondes ou ambrées, jouent avec le sacré, « sans foi ni loi« , trinquant au « péché du chanoine » sans prise de tête, « Ibu Profane » oblige…

« La Roteuse« , nom d’une toute jeune brasserie de Brochon, au-dessus de Gevrey-Chambertin, associe à l’une de ses mousses du poivre de cassis, pour un hommage encore plus affirmé.

L’orge malté permet, distillé, d’obtenir du whisky, « Mac Malden » lui octroie une touche bourguignonne, puisqu’il est élaboré à la manière d’un maître de chais, par Jean-Luc Maldant, un viticulteur de Chorey-les-Beaune.

Un whisky, élevé en Ecosse, appellation oblige, mais selon les goûts de ce vigneron bourguignon, avec des arômes, comme un grand vin et un « gras » en bouche tout en rondeur. Les étiquettes au froggy et à l’escargot apportant la touche Frenchy & Burgundy.

Grain de Raisin…

Pas d’épicerie fine à Dijon sans grands vins.

Surtout que l’une des propriètaires de « Grain de Cassis« , Stacie, est diplômée de l’Institut Universitaire de la vigne et du vin « Jules Guyot », composante de l’Université de Bourgogne.

Des champagnes et évidemment des grands crus de Bourgogne, aux noms qui laissent rêveur : Clos de Vougeot, Pommard, Fixin, pour la plupart issus des caves du domaine Méo Camuzet, à Vosne-Romanée, au coeur des « climats » classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Grain de caviar…

Des vins qui demandent un accompagnement digne de leur prestige.

« La conserverie artisanale de l’ile de Groix » propose un confit de homard au kari gosse, un confit de St-Jacques ou des rillettes d’huitres,  « Caviar de Neuvic » méle toute une famille dans des rillettes d’esturgeon au caviar tandis que les sardines « La perle des dieux » sont millésimées comme une bonne bouteille.

Boîtes de sardines « La perle des dieux » illustrées par les artistes peintres Delphine Cossais, la nantaise et Coralie Joulin, la rochelaise (Rose & bleu)

La terre n’a pas à rougir par l’apport en foie gras classique, de blocs de foie gras et de rillettes de canard signés « Duperier« , tandis que les truffes s’offrent à toutes les fantaisies, combinées aux morilles ou en jus chez « Plantin » et au miel d’acacia des «  artisans de la truffe« .

Pour des plats plus consistants « George Blanc » cuisine en pot de verre la potée bourguignonne (chou, lard et vin) ou le fameux boeuf bourguignon, à moins que vous ne préfériez un plat de pâtes « Haute Couture » avec les tagliatelles au safran dessinées par « Cornand« .

Epices précieuses pour donner du goût à la vie, gros sel de Guérande « French Cooker« , poudre, crème, gelée et sirop au piment d’espelette de la « Maison du piment« , produit du fruit, tandis que les fleurs en méli-mélo du « Comptoir des épices » accompagnent toute en légèreté un confit, décorent des glaces ou permettent, en tisane, de digérer en attendant le printemps.

Grain de soleil…

L’avantage de ces produits est de passer un hiver aux avant-goûts d’été.

Les « Ti rhums de Ced’« , une entreprise de Loire-Atlantique, nous invite au meilleur des îles paradisiaques : rhum agricole AOC de Martinique, vanille Bourbon de Madagascar et fruits mûris naturellement au soleil, pour des punchs aux saveurs d’ailleurs…

« Patrick Font » met le sud de la France, particulièrement St-Romain en Jarez, en bouteille par des nectars de melon, de fraise, de pêche de vigne, de mandarine, de fruit de la passion, de citron et d’orange sanguine.

« Coté garrigue » propose des sirops de fleurs et de fruits aux parfums de grenade, figue, fraise-basilic, coquelicot, violette, rose et lavande.

De son côté « Le comptoir des épices » concocte des fleurs givrées à croquer pour s’adoucir de leurs pétales en buvant un « MD l’autre thé« , bio aux arômes naturels, pour régression foetale « Au coin du feu » avec « thé de maman ».

Grain de sucre…

Toutes ces recettes permettent de se replonger en enfance, quel que soit son âge.

Les limonades « Elixia » elaborées et embouteillées dans le Jura, jouent sur le « revival » des vieilles bouteilles et des sodas aux parfums à buller, traditionnel, gingembre, fraise des bois et cola, source de jouvence.

Tout comme les confitures faites en bassine de cuivre, lentement mijotées, par Isabelle et Sylvain Olivier, de la « Ferme Fruirouge » à Nuits-Saint-George, ou par la fameuse alsacienne « Christine Ferber« , aux recettes originales, tomates vertes, poire william-chocolat noir, banane-jus d’orange, qui font sa renommée jusqu’à Hollywood.

Les stars, comme Brad Pitt, craqueront-elles pour le caramel à l’époisse de « La vigne du Pont » ?

Côté chocolat, « Le comptoir de Mathilde » fait régresser tous les quadras atteints par le démon de midi, par des pâtes à tartiner dont la base chocolat au lait noisette s’enrichit (!) de spéculoos, d’un surplus de fruits secs et d’un sucre pétillant pour papilles en pétard.

Eclair de génie à qui n’oublie les sucettes en chocolat agrémentées d’une industrieuse confiserie (Fraise tagada, smarties, collier bonbon) pour s’offrir des plaisirs à bon compte.

Plus traditionnel, pour ne pas dire adulte, « Michel Cluizel« , chocolatier normand, manipule à merveille les grands crus d’origine (Madagascar, Mexique…) aux parfums et saveurs délicates qui quelquefois se marient à des mendiants ou des framboises-cranberries pour un boost hautement fruité.

Pour les plus téméraires, la plaque aux 99% de cacao vous plonge en sensation amer…

Grain de folie…

Une expérience de « ouf » pour qui ne s’est pas encore posé la question de l’apport protéinique contrôlé !

Il existe pourtant une alternative au steak et au tofu.

« Jimini’s » élève aux Pays-Bas et met en boîte, en région parisienne, la bonne conscience du Pinocchio de Walt Disney.

Déshydratés et assaisonnés, les criquets, grillons et molitors (vers de farine) accompagnent les apéritifs à la Koh-Lanta des aventuriers urbains des divans.

C’est surtout, au-delà d’un simple challenge, une vraie réponse aux problèmes écologiques et nutritionnels.

Manger des insectes est déjà une réalité, même une tradition, en Afrique où l’on consomme particulièrement des chenilles, en Asie, les coléoptères et criquets frits se vendent sur les marchés ; au Mexique, les oeufs de fourmis se dégustent avec une sauce à l’ail.

Tentez donc l’aventure chez « Grain de Cassis » qui cultive le meilleur et l’inattendu afin de satisfaire vos plaisirs et de vous convertir aux saveurs de l’avenir.


L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération.

Mulot & Petitjean – 13 Place Bossuet

Depuis plus d’un siècle deux noms attisent la gourmandise des Dijonnais : Mulot et Petitjean.

Une Maison, héritière d’un savoir-faire d’exception, qui a fait de Dijon, dès la fin du XIXe siècle, la capitale française du pain d’épices.

Hôtel particulier du XVe siècle devenu au XVIIe la propriété de la famille Catin de Richemont, qui lui a laissé son nom. Depuis 1805 c’est une Maison de pain d’épices…

Une succulente dignité qui se perpétue dans une maison à colombage, dont les murs sont ornés de décorations à dévorer.

Une histoire digne des frères Grimm et dont les origines, en effet, ne sont pas éloignées d’un conte de fées.

Depuis 1796 et la fabrication de pain d’épices à « façons de Reims et Montbeillard » l’identité dijonnaise s’est affirmée, au fil des alliances et des huit générations qui, après le fondateur Barnabé Boittier, ont perpétué la tradition tout en suivant l’évolution des techniques de fabrication et de vente.

Boîte à délices due au graphiste Benoit Heureaux

Un savoir familial et une manière artisanale que seul Mulot & Petitjean a su lier au monde moderne.

Fusion des archives et de l’innovation, couronnée en  2012 par le label « Entreprise du Patrimoine Vivant« , une première dans le domaine de la gastronomie.

Ainsi Mulot & Petitjean est, aujourd’hui, le gardien et le fournisseur, de tous les mythes, les histoires et les rêves que le pain d’épices porte en sa nature inédite :

De son origine, très vraisemblablement Chinoise, dans ce pain de miel, le Mi-Kong, que l’on retrouve au XIIIe siècle parmi les rations des cavaliers de Gengis Kahn. Du pain fortifiant, qui donne l’énergie et la force aux guerriers.

Au Pavé de Santé, cette recette spécifique à Dijon, faites du mélange de farine, de miel et de sucre (La pâte mère) qu’on laisse reposer une ou deux semaines avant d’ajouter des jaunes d’oeufs, de la poudre à lever et une épice en particulier, l’anis. Pas de matiéres grasses (Ni beurre, ni lait) ce qui donne un pain qui se conserve longtemps et qui est particulièrement recommandé pour la forme physique.

Des textes qui mentionnent, dès le XIVe siècle, le goût de Marguerite de Flandre, épouse du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, pour le boichet, une patisserie à base de farine de froment et de miel blanc.

A cette spécificité dijonnaise d’utiliser la farine de froment, au contraire des Alsaciens qui utilisent la farine de seigle, afin d’obtenir une consistance plus ferme.

Des souvenirs d’une enfance pas si lointaine où le pain d’épices était une gourmandise de fêtes, tout comme les oranges, fruits exotiques, que l’on offrait, à l’unité, à Noël.

A ces nonettes, garnies de marmelade, et de multiples autres saveurs de confitures, présentées dans des boites cylindriques en métal reprenant d’anciens dessins aux motifs chargés de gloire et d’émotion.

Mulot & Petitjean sait faire vibrer la corde sensible d’une époque idéalisée par la notre, à la recherche de repaires dans la nostalgie.

Aussi retrouve-t-on dans les magasins ces petites images à collectionner, les chromo-graphies, actualisées par les exquis dessins naïfs de l’illustratrice Berthine Marceau.

L’entreprise s’amuse avec son image, elle en joue, même si ses produits sont toujours en osmose avec le décor de la splendide boutique de la place Bossuet.

Boiseries aux teintes sucrées où figure, en dessous d’une tête féminine, le blason de la ville de Dijon (A la légion d’honneur reçue en 1899). Signe du lien très fort entre la cité et le fabricant de pain d’épices

Un style éclectique, de tonnelles en trompe-l’oeil, de rocailles et d’un gris trianon teinté de l’esprit d’une exposition universelle Belle Epoque, qui sert d’écrin aux productions maisons, aux marchandises amies (Moutarde, bonbons et liqueurs), ainsi qu’aux recettes sauvegardées.

On peut citer particulièrement les Jacquelines, du nom de la compagne de l’automate Jacquemart, un coeur praliné, ou nougatine, enrobé de glace royale, comme une meringue.

Cette recette créée en 1926 par Anthonin Michelin, patissier très renommé à Dijon au début du XXe siècle, a été rachetée en 2002 par Mulot.

Cette initiative, combinée au rachat d’autres marques de pain d’épices, tel Auger, font de Mulot & Petitjean les gardiens d’un certain savoir-faire dijonnais, ce qui donne encore plus d’impact au label de Patrimoine vivant.

L’objectif est évidemment de conserver mais aussi de développer cette production à l’origine manuelle.

L’entreprise va de l’avant et enrichie sa gamme.

De la tradition des pavés à la coupe…

Au-delà des pavés à la coupe, des pains d’épices aux décorations de fruits confits (Comme la galoche), et des nonettes aux parfums variés (Framboise, cassis, abricot, citron et chocolat), on trouve des produits spécifiques aux saisons et aux fêtes (Figurines de Noël), mais aussi à un nouveau mode de vie.

… à l’innovation des produits du quotidien festif

La vogue des apéritifs dinatoires, inspirée des tapas espagnols, se retrouve dans des pains d’épices aux graines et sons de moutarde, ou aux olives noires et tomates, sans pour autant oublier le traditionnel pain d’épices tranché spécial toasts.

Une innovation ancrée dans l’ADN de Mulot & Petitjean, déjà présent sur le marché bourguignon et de la région parisienne (via la grande distribution), avec une production de 500 tonnes par an, et qui compte bien s’attaquer d’ici peu à la région lyonnaise.

Cet objectif a entrainé l’extension de la fabrique historique, qui depuis 1912 se trouve Boulevard de l’Ouest.

En tout 1000 m2 d’extension, pour la fabrication et un musée de 400 m2, autour de l’Histoire du pain d’épices et du riche patrimoine de Mulot & Petitjean, à découvrir ici.

Affiche-réclame de la fin du XIXe siècle (vers 1895), avant l’alliance avec la famille Petitjean.

Occasion nouvelle d’apprécier l’évolution d’une Maison artisanale préte à conquérir le Monde, grâce aux bienfaits de son éternel pavé de santé (?), tout en renforcant la mémoire sacrément gourmande de Dijon, cité internationale de la gastronomie.


Mulot & Petitjean  a trois boutiques à Dijon :

L’historique, 13 place Bossuet, au 16 rue de la Liberté et au 1 Place Notre-Dame.

Elles permettent, entre autres, de se fournir en glacé mince, à tremper dans le vin, en Malakoff, un « casse-dent » aux amandes et en pavé à la figue, excellent avec un foie gras.

Opéra de Dijon – La Flûte enchantée

Le printemps arrive, annonciateur des désolations de l’été, de ce soleil ravageur qui vous étouffe et calcine les verts paturages devenus désert au sol blanchi, craquelé et stérile.

Eh oui la « Belle saison » n’a rien de féérique !

Tel est le décor d’ouverture de cette Flûte enchantée présentée à l’Auditorium et pour la première fois à Dijon en version originale, en langue allemande surtitrée en français, et sur les instruments d’époque des Talens lyriques, un ensemble de musique baroque créé et dirigé depuis 1991 par Christophe Rousset, claveciniste.

Le célèbre opéra de Mozart qui dès sa création en 1791 connu un énorme succès, encore aujourd’hui toutes les dates étant complètes, est en fait un « Singspiel », une sorte d’opéra-comique qui se caractérise par l’alternance de dialogues parlés et d’air chantés et par une atmosphère « magique » où le bien et le mal s’opposent.

Cet espace dévasté, cette lande délaissée, où seuls demeurent des hommes, nomades, vêtus de déchets en surnombre et coiffés de crânes d’animaux, hommage posthume à la faune disparue, est le territoire de la Reine de la Nuit.

Maquette du décor du Ier acte par ©David Lescot

Une nuit caniculaire qui oppose sa souveraine à un ancien amant, Sarastro, dans la lutte pour la garde de leur fille adorée, Pamina.

La jeune fille se trouve écartelée entre le royaume de sa mère, une terre devenue enfer, et le temple souterrain de son père, décor du IIe acte, un centre commercial désaffecté où elle est tenue prisonnière.

C’est ainsi que la Reine confie à un jeune homme, le prince Tamino, le soin de délivrer sa fille des griffes d’un père qu’elle ne connait pas.

Muni d’une flûte enchantée qui l’aidera dans sa mission et accompagnée de Papageno, un étrange oiseuleur rencontré au début de son périple, Tamino pénètre dans un univers parallèle au nôtre, miroir à peine déformé.

Ainsi, la lutte entre la Reine de la nuit et Sarastro se joue en guerre des sexes dont l’enfant est le centre stratégique, et le temple de Sarastro, lieu de spiritualité et d’ascèse s’oppose à sa zone refuge, supermarché au mercantilisme et à la surproduction en deliquescence.

Une scénographie qui interroge notre quête de bonheur absolue, qui souvent se mesure aux degrés de lumière et à la quantité d’objets qui réchauffe notre coeur de consommateur.

Elle oppose la souveraineté obscure, sommet des plaisirs mercantiles au chant de furie, hypnotique, à une spiritualité « éclairée » censée rendre l’Homme meilleur, nouvelles vertus eco-responsables.

Air de la Reine de la Nuit – « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen » – Acte 2

A l’origine, Mozart opposait une certaine forme d’absolutisme, dont il a été victime à Salzbourg, à la lumière des loges maçonniques, dont il était membre, censées accueillir chacun selon ses qualités et non ses origines pour refonder une humanité égalitaire.

La musique devient alors une arme contre les dérives d’un pouvoir autoritaire, la flûte enchantée et les clochettes de Papageno permettent non pas de lutter contre le mal mais de se découvrir intérieurement, par un chemin d’épreuves, et extérieurement, par l’alter ego qui partagera votre parcours.

A chacun sa chacune – Tamino & Pamina, Papageno et son ôde à « Papagena » – Acte 2

La mise en scène de David Lescot, les costumes de Mariane Delayre, qui ont fait l’objet d’un financement participatif « Habillez nos chanteurs », la magie des Talens Lyriques et l’agilité du choeur de l’Opéra de Dijon et de la Maitrise de Dijon, révèlent tout l’aspect onirique du dernier chef-d’oeuvre de Mozart, testament virtuose qui demande à réinventer le monde en le réenchantant.

Croquis des costumes des créatures dessinés par ©Mariane Delayre

En écho au jeune Mozart qui le 16 juillet 1766, à l’âge de 10 ans, a donné un concert à l’Hôtel de Ville de Dijon, actuelles Archives Départementales, 8 rue Jeannin, les enfants se réapproprient son dernier chef-d’oeuvre.

La Flûte (ré)enchantée est un programme pédagogique initié par l’Opéra de Dijon dans le cadre de ses activités culturelles avec une classe de 6e du collège Henri Dunant de Dijon.

Les élèves ont travaillé le chant et la dramaturgie de cette Flûte, réécrite et mise en scène par Ismaël Gutiérrez, tandis que la musique est assurée par l’Orchestre des Jeunes des Talens Lyriques, élèves de 3e du collége Balzac, Paris XVIIe.

Une réinterprétation juvénile, clin d’oeil heureux à la fantaisie de Mozart, à découvrir le 23 mars à 18h30 dans le foyer de l’Auditorium de Dijon en avant-spectacle de la représentation de La Flûte Enchantée de 20h et le 31 mars à Paris (Lieu à définir – Renseignements au 03.80.48.82.52)

Les Halles centrales

Panier à la main, baguette sous le bras, petit verre de blanc entre deux achats, étals colorés et parfumés invitant à la convivialité, envie de cuisiner, désir de partager.

Un temple des plaisirs païens qui depuis 1875, sur l’emplacement de l’ancien couvent des Jacobins, présente une armature métallique qui reprend à l’Antique son décor (Pampres de vigne, têtes de chevreuil, de sanglier, profil de Cérès, déesse de la moisson et d’Hermès, dieu des échanges et du commerce), et ses sacrifices rituels à la bonne chère.

Autant de symbôles offerts à la démesure d’un lieu destiné à proposer chaque matin à la ville les produits digne de sa dimension gastronomique : Quatre pavillons articulés autour de deux allées principales en croix, 4400 m², 13 mètres de haut, 246 boutiques, 14 annexes et 728 bancs propres à accueillir les produits de saison et de région.

Miel du Morvan, pain bio ou sans gluten, spécialités allemandes ou portugaises, gibier d’automne, agneau de Pâques, épices, herbes aromatiques, fromages d’abbayes, produits bretons, brioche d’escargot, bonbons d’antan, viandes primées, poissons frais des marées, vin au verre à la buvette du marché.

Même en cette fin d’hiver les couleurs sont multiples, les conversations se mêlent aux rires et aux choix cruciaux d’un week-end dont la table se voudra inoubliable.

La sympathie est de mise, les échanges riches de ce que les papilles proposent aux cordes vocales, une ambiance de marché typique qui quatre fois par semaine (mardi, jeudi, vendredi et samedi matin) s’étend autour de l’édifice classé aux monuments historiques.

Un écrin de prestige pour produits d’exception dont les vendeurs sont bien souvent les producteurs, ce qui garanti une certaine qualité et fraicheur en plus d’un échange direct sur les conditions de fabrication.

Les Halles sont ainsi, à Dijon, un passage obligé pour ne pas rompre avec la convivialité : parler, goûter, acheter et partager dans une folle farandole d’êtres « épanouis, enivrés et heureux« .

Si malgré tout vous ne voulez, ou ne pouvez, pas vous laisser emporter par la foule, depuis décembre 2016, Michelle Poinsot, propriètaire des Salaisons de campagne, une boutique de charcuterie et de produits traiteurs, et Patrick Lebas, journaliste militant du terroir et du bien manger, ont créé « La Conciergerie des Halles« .

Un service pour faire son marché en ligne, des produits de Michelle Poinsot, aux poissons de la famille Saint-George, en passant par les fruits et légumes de Françoise Da Silva, les viandes et volailles de Jean-François Chenu et les fromages fermiers de Patrick Bartalucci.

©La Conciergerie des Halles

400 références, en plus d’une sélection de vins et de produits d’épicerie fine, de la tablette au frigo en illico presto.

Soit vous venez chercher vos produits aux halles, pour profiter de l’ambiance, au point de retrait de la conciergerie, soit vous vous faites livrer dans toute la France dans le respect de la chaîne du froid, grâce à Chronofresh de Chronopost.

Si même l’envie de mettre la main à la pâte n’y est pas la Conciergerie propose également des services sur-mesure pour les événements privés ou professionnels, de la préparation des buffets aux plateaux dégustations.

Ainsi, à pied, en panier, en vélo, en voiture ou directement sur canapé les Halles vous invitent à la diversité, à la qualité et aux échanges de bon goût.

Musée Rude – 8 rue Vaillant

Les aléas et les gloires de l’histoire dijonnaise se concentrent en un lieu dont le culte est désormais dédié aux Beaux-Arts.

Au Ve siècle, suite au saccage de Langres, siège épiscopal, Dijon accueille un groupe cathédral, dont l’église Saint-Etienne établie sur les fondations du rempart gallo-romain, le castrum, édifié vers 270 pour protéger « Diviomagus » (Antique Dijon) des invasions barbares.

Au XIIe siècle, Saint-Etienne devient une riche et importante abbaye dont l’église sera reconstruite plusieurs fois au cours des siècles jusqu’à devenir un temps, de 1731 à 1789, cathédrale.

Désaffectée en 1792 devenant Halle aux blés, bâtiment municipal, bourse et chambre de commerce, c’est depuis 2009 le centre administratif culturel de la ville qui regroupe le pôle documentaire, la conservation, le service des publics, l’administration du musée des beaux-arts, la Société des amis des Musées de Dijon ainsi que la bibliothèque municipale de prêt adultes du centre-ville.

Un ensemble appelé « La Nef » en référence à son emplacement dans l’église Saint-Etienne dont chaque espace, malgré les transformations, a été préservé pour offrir au public un large éventail de l’histoire et des gloires dijonnaises.

Ainsi le choeur permet de brasser du regard quelques siècles d’architecture, des restes du castrum du IIIe siècle dont on mesure la largeur, jusqu’à la crypte du XIe siècle dont on perçoit encore les bases de l’ancienne élévation.

Quant au transept, il a été aménagé en 1947 pour accueillir le moulage du « Départ des Volontaires de 1792« , communément appelé « La Marseillaise« , célèbre sculpture réalisée par François Rude sur le pied droit de l’Arc de Triomphe de l’Etoile à Paris.

Ce haut relief impressionnant, incrusté dans la voûte de l’édifice sacré, répond à d’autres moulages dont les oeuvres originales sont conservés au musée des Beaux-Arts, malheureusement mises au secret jusqu’en 2019, date prévue pour l’achèvement des travaux de rénovation des salles dédiées à l’art moderne.

D’ici là le musée Rude est la seule occasion de découvrir la virtuosité technique d’un artiste hors du commun.

François Rude est né le 4 janvier 1784 à Dijon, il entre dès 1800 à l’Ecole de Dessin de François Devosge pour suivre un enseignement fondé sur le dessin et le modelage d’après l’antique et le modèle vivant.

En 1807 recommandé par son maître auprès de Vivant Denon, directeur des Musées impériaux, François Rude quitte sa ville natale pour Paris.

Il fréquente quelques ateliers d’artistes avant d’être admis à l’Ecole impériale des Beaux-Arts en 1809 et d’obtenir le premier prix de Rome en 1812 avec « Aristée déplorant la perte de ses abeilles« .

Un thème classique, annonciateur des prochains tourments de l’Histoire qui ont amenés Rude, à la chute de l’Empire, à s’exiler avec son protecteur dijonnais, Louis Fremiet, à Bruxelles.

Ce n’est que 12 ans plus tard, en 1827, à son retour définitif à Paris qu’il affirme un talent qui le désigne comme l’un des principaux sculpteurs de sa génération.

Le sens de l’esthétique classique, la modernité de certains de ses sujets (« Le Petit pêcheur napolitain » – salons de 1831 et 1833) et une exaltation des gestes et des regards historiques l’amènent à réaliser son chef-d’oeuvre, cette « Marseillaise » sculptée qui emprunte à l’antique les costumes de ces héros révolutionnaires à l’expressivité romantique.

Rude apporte à ses réalisations une force vivante qui nous entraîne, même sans connaitre la personne ou le sujet représenté, dans un mouvement, dans un élan communicatif.

Le Maréchal Ney – 1838 – Plâtre (surmoulage)

Comment ne pas vouloir suivre la fougue du Maréchal Ney, comment ne pas entendre les voix qui résonnent dans le regard écarquillé de Jeanne d’Arc ?

Jeanne d’Arc écoutant ses voix – 1845 – Plâtre (surmoulage)

Les oeuvres de Rude renvoient à la nature humaine, à ses motivations, ses émotions, ses actions, qui font de l’artiste le grand maitre du romantisme sculpté dans le monument national.

Le lieu est réduit, la poussière du temps apporte une jeunesse à essuyer les plâtres mais quelle puissance extraordinaire ne renferme t-il pas !

Rude y gagne un hommage de sa ville en un concentré d’inspiration, de sublimation et de glorification d’une Histoire de France qui vous éclate en plein regard.


Musée Rude – 8 rue Vaillant – Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 17h – Entrée gratuite comme dans tous les musées de la ville de Dijon