Destin d’une brindille

Un retour aux sources est souvent la voie la plus naturelle au destin d’une brindille, exit Dijon et bonjour Chambolle-Musigny, un havre de paix dans la maison de l’ancienne cure (4B rue de l’église) propice aux projets, cueillettes et ateliers, même si une part de la ville demeure dans la morale de l’histoire à suivre…


Pollution, klaxons, empressement et violence plus ou moins sous-jacente sont le quotidien des villes où le peu de temps gagné par l’incivilité fait perdre l’essentiel…

Un monde de nature, de culture aux racines de nos origines qu’il faut sauvegarder pour ne pas s’oublier à jamais dans le rythme implacable d’une évolution à marche forcée qui n’apporte pas toujours la félicité.

Aussi, quelquefois, pousser une porte vous entraîne dans un monde parallèle ou l’important n’est pas d’avoir mais d’imaginer, de pénétrer dans un univers magique ou les cueillettes immémorables donnent corps aux contes de l’enfance et à ceux que certaines fées modernes inventent encore et toujours…

DESTIN D’UNE BRINDILLE

Estelle au destin tout tracé par ses parents inquiets de l’avenir, ne voyait dans le droit qu’une géométrie implacable où les sentiers battus immuables ne se trouvent entourés que d’angles affutés, gardes sans folie des âmes rêveuses.

Pourtant, un jour, le long d’une avenue à la rigueur hausmanienne, dans cet univers mineralo-bitumeux, une minuscule pensée blanche attira l’attention de notre héroïne.

Cette fleur était le symbole d’une vie, certes fragile, mais assez forte pour s’imposer dans un environnement a priori hostile.

Une leçon majeure de volonté afin d’échapper à cette règle implacable : L’ordre est d’or et l’épanouissement manque d’argent !

Pourtant ! Pourtant, quoi de plus important ? Réussir véritablement ne serait-il pas réussir son retour aux sources ? Appréhender sa vie en passion, en savoir-faire, en conscience manuelle, intellectualisme du geste ?

Tout quitter pour les forêts de Pontarlier, respirer, s’inspirer, imaginer au milieu des sapins aux souvenirs enfantins et de certains feuillus dont les branches fiérement dressées abandonnent quelquefois un peu d’eux-même au service des fées.

Ne rien arracher, ne rien couper, simplement récolter et c’est ainsi qu’Estelle découvre une brindille au destin singulier :

Dernière née d’un père plus que centenaire, c’est lors d’une tempête d’hiver qu’elle se décida à se détacher de la sève familiale, trop rigide et tortueuse pour une brindille dans l’air du temps…

… s’offrant tour à tour au mistral, tramontane, sirocco, libeccio, autant et levant, elle atterrit voici 50 ans en couverture des magazines, silhouette longiligne et triste mine du Swinging London, pour encore s’échapper, s’envoler et enfin revenir, desséchée auprès de ses parents.

Tout était dit jusqu’à cette rencontre fortuite lors d’une chasse végétale : baies, fruits défendus, mousses, lichens, lierre, pommes de pins, peau de bouleau et fleurs pétrifiées d’être desséchées… immortelles.

Une fois dans l’atelier, Estelle scie, soude et structure sa récolte nature, sublimant ce que beaucoup voyaient comme insignifiant.

Naissent alors cages à oiseaux, princesses, bracelets et couronnes d’ingénues, jardins de souvenirs, vitrines enchantées et compositions variées pour hôtels distingués, grands horlogers, banquets et jeunes mariés.

Une sortie de route salvatrice en chemins de traverse inspirant une autre façon d’appréhender le monde dont Estelle diffuse par une série d’ateliers la simplicité des éléments et la beauté du geste.

Une thérapie de l’art originel qu’elle a exportée jusqu’au Japon et un goût de faire par soi-même dont les petits secrets seront bientôt dévoilés dans un livre à sortir en avril prochain.

Une atmosphère à part où l’humain renoue avec la nature, comme Estelle et la brindille, dans une métamorphose avide de liberté, union parfaite, intime communion, qui invite à vous demander : Dis-je on ?


Estelle Meunier, végétal designer : http://www.destin-brindille.com

Le Consortium – 37 rue de Longvic – Printemps 2018

La création est une offrande à ses rêves tout autant qu’un hommage aux époques et aux personnes qui les ont nourri.

L’imagination est une dynamite qui ne s’exprime pas sans l’étincelle qui a engendré l’imaginaire.

Jay DeFeo

Le Consortium, cette saison, nous fait voyager dans le temps par quatre expositions, révérences aux références, moteurs multiples d’une personnalité inspirée, admirations mouvantes du temps perdu à conquérir son idéal, nostalgies offertes aux fringales futuristes.

La première nous fait découvrir Jay DeFeo, femme, américaine, artiste de la matière, inspirée du tout, créatrice sans entrave.

Une liberté d’action, des années 50 à sa disparition en 1989, qui l’associe à la « Beat Generation » selon le terme inventé par Jack Kerouac en 1948, qui oscille entre « béatitude » et « fatigue » face à une société qui se jette furieusement dans la sur-consommation.

Jay Defeo en crée le manifeste plastique à charge avec « The Rose » une masse de peinture liée à du mica lentement élaborée de 1958 à 1966, passant par plusieurs stades, gagnant à chaque fois en taille et volume jusqu’à atteindre 3 m 27 de haut, 2 m 35 de large et 28 cm d’épaisseur pour plus d’une tonne de matière.

« The Rose » – Whitney Museum of American Art – New York

Une oeuvre obèse expulsée de l’appartement qui l’a vu naître, en même temps que sa créatrice, en cassant les murs et en utilisant un chariot élévateur.

Flower Power ultime d’une société sans limite, qui en fait l’oeuvre emblématique d’un monde occidental post-nucléaire.

Une énergie créatrice, visible ici en échelle réduite, par une série de peintures et de collages mis en perspective avec le travail de onze artistes de la nouvelle génération entrainés par cette vague toujours en mouvement.

La ligne, la matière, les motifs, les références à l’histoire de l’art et aux médiums originaux se trouvent multipliés en effet de miroir confronté.

Ugo Rondinome transforme la toile en mur trompe-l’oeil, jute noircie en effet de briques, faux-semblant symptomatique de nos fantasmes et réalités de séparations passées et à venir.

Oscar Tuazon, veut quant à lui, reconstituer le mur détruit pour évacuer « The Rose« , porteur autant que l’oeuvre sauvegardée de l’acte créatif.

Gay Outlaw se nourrit de références classiques, cercle parfait de Giotto, en sucre ambré, caramel concentrique qui ne tardera pas à l’époque du réchauffement climatique à enduire les murs d’une substance calorique.

Wyatt Kahn se plie à l’ambiguïté peinture-sclupture en formes de plomb imbriquées dans une géométrie picturale écho à ses dessins pris de reliefs sous-jascents.

Et Tobias Pils, invité de la précédente exposition du Consortium, graffite les toiles d’encre dont les lignes épurées ne dissimulent pas longtemps les objets d’une libération sexuelle archétypale de la « Beat Generation« .

Autant de clins d’oeil à l’art de la liberté initié par Jay DeFeo qui se joue des limites pour mieux les réinventer.

Deuxième exposition et autre artiste à repousser les extrêmes, Rebecca Warren présente son travail bouillonnant et technicolor.

Des totems expressifs, odes brutales par leur texture à une féminité affirmée sans tomber dans les clichés de courbes quasi-machistes.

On retrouve dans ses oeuvres, d’argile, de bronze et d’acier soudé les silhouettes graciles de Giacometti taguées de teintes pastel.

Deux mondes qui s’entrechoquent, deux clichés, de la minceur et du mignon, qui collent aux femmes dans une normalisation illustrative.

Ainsi, Rebecca Warren en mélangeant les poncifs nous montre des créatures torturées qui agissent entres elles, dans une harmonie plus complexe qu’au premier regard.

Une manière habile de donner de la profondeur aux apparences.

Troisième exposition, « Southern Garden of the Château Bellevue » du jeune artiste américain Matthew Lutz-Kinoy nous entraîne dans un revival rococo à la française.

Une série de toiles décoratives réalisées pour la grande galerie du premier étage du Consortium et inspirées par les salles dédiées au peintre François Boucher dans le musée de la collection Frick à New-York : des panneaux muraux représentant des enfants jouant aux adultes.

Tout l’art de vivre du XVIIIe siècle s’y retrouve, du tracé des jardins à l’anglaise, aux teintes délicates, blond, bleu, rose et orangé, en passant par les scènes naturalistes et les chairs généreuses plus ou moins disloquées…

Car ces toiles témoignent aussi d’un certain libertinage homosexuel, inspiré cette fois des dessins érotiques de Cocteau et de son fameux « Livre blanc« , fantasmagories de marins enchevétrés et de michetons prêts à satisfaire tous les fantasmes de ces messieurs.

Matthew Lutz-Kinoy réussit à rendre le tout agréable à l’oeil et à renouer superbement avec l’art de l’ornement, créateur d’une atmosphère raffinée telle qu’il n’en existait plus depuis Cocteau et la période faste des grands bals et fêtes dans les demeures de ses riches amis, la villa blanche à Tamaris ou la villa Santo-Sospir de Francine Weisweiller à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Une époque disparue qu’il est toujours agréable de voir réapparaître au détours d’une galerie.

Il serait donc dommage de ne pas continuer la découverte de ces mondes perdus avec la dernière exposition : « My Colorful Life » de Pierre Keller.

Cet ancien directeur de l’ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne (1995-2011) a construit son art à une époque où la rue, les clubs et les backrooms étaient les principales sources d’inspiration.

Ne lachant pas son appareil photo, bien avant que ce ne soit un geste machinal, il a conservé la mémoire de plaisirs qui ne devaient être qu’éphémères.

Cet art du dévoilement se retrouve ici dans les nombreux polaroïds d’une époque définitivement close, celle d’une insouciance tant cérébrale que sexuelle, l’un entraînant certainement l’autre, où apparaissent les génies répondant aux noms de Warhol, Haring ou le bel anonyme au talent particulier.

Des images plus suggestives que pornographiques, qui ne laissent pas le goût amer d’une expérience interdite qui finit mal.

La jouissance du passé est comme en suspend et peut encore se vivre aujourd’hui, là est l’art de Pierre Keller, avoir fixé à jamais cette courte période de liberté totale, entre l’affirmation gay de Stonewall et l’apparition du sida.

12 à 13 ans d’une vie débridée, performance mortifère dont ces polaroïds témoignent encore de sa raison d’être.

Quatre expositions liées dans un jeu de mouchoir, entre émotion, agitation et recyclage d’un art qui se doit de provoquer demain.


Expositions à voir jusqu’au 20 mai, plus de renseignements ici.

Le Grand Armorial équestre de la Toison d’or

A une époque où, pour les dijonnais, la Toison d’or se limite à la quête du tshirt de l’été, les bonnes affaires commerciales ont-elles éclipsées les aspirations d’un monde médiéval finissant ?

Détail d’un collier de l’ordre de la Toison d’or, créé en 1430, encore distribué aujourd’hui par l’Etat Espagnol comme décoration de mérite

Le XVe siècle est une période de transition entre l’idéal chevaleresque du Roi Arthur et de la légende du Saint Graal, chimère de foi, de pureté et de sacrifice, et la redécouverte de l’antique, mythologie lointaine et érudite propre à satisfaire des princes diplomates soucieux de réunir et d’impressionner pour moins s’affronter.

L’ordre de la Toison d’or, institué à Bruges par le duc de Bourgogne Philippe le Bon il y a 588 ans, le 10 janvier 1430 à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal, incarne cette arme nouvelle, chaîne dorée pour seigneurs turbulents, parure de promotion de nouvelles valeurs, ornement de prestige pour toute la Chrétienté.

Rogier van der Weyden (d’après), Philippe le Bon, duc de Bourgogne, 34 x 25 cm, copie du XVIe siècle d’après un original disparu, Paris, Musée du Louvre (détail)

Le duché est une puissance incontournable en cette fin de guerre de Cent Ans et la cour de Bourgogne le creuset d’une fougue passée, avide de croisade, transmutée en symbole d’un nouveau monde plus allégorique, poétique et ludique.

« Le Grand Armorial équestre de la Toison d’or » conservé à la bibliothèque de l’Arsenal au titre de trésor national, est l’un des manuscrits enluminés les plus spectaculaires de la fin du Moyen Âge qui représente au mieux ce passage vers l’époque moderne.

Mouvement extrême, déchaînement abstrait, hardiesse des couleurs, enthousiasme du trait qui font de chaque folio une oeuvre d’art unique à observer pour la première fois avec ardeur chez soi, dans ce fac-similé accessible à tous.

Le roi de Portugal – Grand Armorial équestre de la Toison d’or oeuvre collective (plusieurs peintres dont l’identité ne nous est pas connue) placée sous l’autorité de Jean Lefèvre de Saint-Rémy. Lille, 1435-1438, Gouache sur papier, 167 feuillets (290 x 210 mm) BnF, Arsenal (Cote MS-4790)

L’occasion de découvrir grâce à l’introduction éclairée de Michel Pastoureau, historien médiéviste et archiviste paléographe, les nuances de cette époque particulière perdue dans la coloration généralisée d’un « Moyen Âge » folklorique.

Une initiation aux subtilités de l’imagerie médiévale pour mieux saisir la beauté savante de ces figures guerrières, de la création des armoiries au Moyen Âge central (XIe, XIIe et XIIIe siècle), objet de visibilité sur les champs de bataille, à la subtilité de leur « écriture », figure identitaire, qui gagne peu à peu la vie quotidienne de toutes les familles, nobles ou non.

Une généralisation qui tend à vouloir particulariser certains seigneurs par une série d’ordres princiers comme celui de la Toison d’or, qui sans être le premier devient rapidement l’un des plus prestigieux d’Europe, de par ses origines, sa rareté et ses contraintes.

Hugues de Lannoy – Grand Armorial équestre de la Toison d’or oeuvre collective (plusieurs peintres dont l’identité ne nous est pas connue) placée sous l’autorité de Jean Lefèvre de Saint-Rémy. Lille, 1435-1438, Gouache sur papier, 167 feuillets (290 x 210 mm) BnF, Arsenal (Cote MS-4790)

Dijon en est le siège, dans la Sainte-Chapelle détruite en 1803, même si les chapitres qui réunissent les chevaliers (24 en 1430, 30 en 1433) se tiennent dans les différentes villes du duché, surtout dans les Flandres.

Le Grand Armorial équestre de la Toison d’or a d’ailleurs sans doute été réalisé à Lille, ville spécialisée dans les manuscrits sur papier, pour un expert de l’héraldique, science du blason.

Le duc de Bretagne – Grand Armorial équestre de la Toison d’or oeuvre collective (plusieurs peintres dont l’identité ne nous est pas connue) placée sous l’autorité de Jean Lefèvre de Saint-Rémy. Lille, 1435-1438, Gouache sur papier, 167 feuillets (290 x 210 mm) BnF, Arsenal (Cote MS-4790)

Car, aux figures des premiers chevaliers de l’ordre s’ajoutent celles des grands princes de l’époque (Roi de France, d’Angleterre, duc de Bretagne ou de Luxembourg…) ainsi que les armoiries de différents pays d’Europe, dont la Pologne, certainement « récoltées » par l’héraldiste lors de la paix d’Arras (1435) signée entre le roi de France Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe le Bon, qui met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

Grand Armorial équestre de la Toison d’or oeuvre collective (plusieurs peintres dont l’identité ne nous est pas connue) placée sous l’autorité de Jean Lefèvre de Saint-Rémy. Lille, 1435-1438, Gouache sur papier, 167 feuillets (290 x 210 mm) BnF, Arsenal (Cote MS-4790)

Une incursion gouachée dans les méandres de notre Histoire subtilement brossée par les explications claires et précises de Michel Pastoureau et par son dialogue avec Jean-Charles de Castelbajac, artiste et créateur de mode, qui par son trait imagi-naïf met en parallèle cet univers avec le notre.

Le Chevalier Jean-Charles, Jean-Charles de Castelbajac, 2017

L’image en est le point commun, de l’héraldiste à l’artiste, du blason au logo, dans un langage plus ouvert et plus terre à terre, pour consommateurs en quêtes de valeurs…


Michel Pastoureau et Jean-Charles de Castelbajac, Le Grand Armorial équestre de la Toison d’or, Coédition BNF / Seuil, 49 euros.

FRAC Bourgogne – FREE THE WOMEN – 16 rue Quentin

FREE THE WOMEN

Une exposition slogan comme un début de solution à la question imprimée par  Maria Grazia Chiuri, la nouvelle directrice artistique de Dior, sur une marinière de sa dernière collection hommage à Niki de Saint Phalle : « Why have there been no great women artists ?« .

Le FRAC Bourgogne dans ce vent féministe, quelquefois aussi radical que le mal à éradiquer, nuance le propos par ce titre, nouvelle signification soft à l’acronyme antisocial de la contre-culture biker, F.T.W. : Fuck The World !

Clin d’oeil aux questions et affirmations extrêmes cette installation prône la liberté à la française par la voie de la parité : 6 artistes, 3 hommes et 3 femmes en confrontation directe et frontale au-delà du sexe, de la génération et de l’inspiration.

Le travail des trois artistes masculins (Jean Dupuy, Matias Faldbakken et Steven Parrino) déjà vu en 2016 lors de l’exposition « here / there / where » y gagne une perception nouvelle dans ce discours sans parole avec les oeuvres d’Anita Molinero, Emilie Ding et Nancy Rubins, pour certaines toutes récentes acquisitions du Fonds Régional d’Art Contemporain de Bourgogne.

Le langage plastique et visuel y gagne une expression nouvelle, loin des clichés de l’artiste féminine aquarelle, par une présence forte et essentielle au dialogue artistique comme l’a prôné toute sa vie Steven Parrino (1958-2005), artiste hors cadre, provocateur et biker jusqu’à la fin, qui a inspiré ce nouveau F.T.W.

Lee Marvin/Marlon Brando, 1990, collection Le Consortium

Son travail dès la fin des années 70 est de secouer la peinture alors déclarée morte, de détacher la toile devenue civière pour lui redonner du relief.

Lee Marvin/Marlon Brando (Détail)

Ces « peintures déformées », monochromes froissés, apportent de la matière, effets inédits que l’on retrouve chez les trois artistes féminines de l’exposition.

Anita Molinero (1953) a tiré de ses difficultés d’apprentissage de la sculpture la force de la confrontation à l’inconnu de l’art. En résulte des oeuvres dont la puissance émane de l’irréversibilité du geste, de ces plastiques qu’elle coupe, brûle et lacère jusqu’aux limites de la forme.

Sans Titre (La Rose), 2003, collection FRAC Bourgogne

Un mix entre apparence sucrée, barbe à papa et guimauve, et réalité de matériaux toxiques et pérennes, polystyrénes transformables mais infiniment indestructibles.

Sans titre (La rose) – (Détail)

La même démarche de transformation industrielle anime Emilie Ding (1981), l’artiste suisse adepte des formes structurelles issues du BTP et de l’architecture moderne.

« Marquisats V« , monolythe de béton, exprime son goût pour les modifications techniques, les formes concrètes et les matériaux bruts qu’elle malmène.

Marquisats V, 2015, collection FRAC Bourgogne

Rondeur du graffiti opposé à la masse rectiligne du béton, comme un condensé de la double expression urbaine, réglementaire et contestataire.

Marquisats V (Détail)

Motif expressif que l’on retrouve dans ses derniers travaux en feutre aux abstractions calcinées, comme bitumées.

Untitled (Neutra), 2016, courtesy Xippas Galleries – Untitled (Gran Torino), 2016, courtesy Xippas Galleries

Le matériau d’isolation phonique doit voir sa structure changer pour s’exprimer, prendre du relief et rompre avec son minimalisme structurel.

Untitled (Gran Torino) – (Détail)

Une existence feutrée, qui comme les plastiques d’Anita Molinero, naît de la destruction maitrisée.

Nancy Rubins (1952), la troisiéme artiste exposée, questionne aussi la nature des techniques.

Même attitude monochrome, même faux semblants qui demandent au visiteur d’y regarder à deux fois pour essayer de comprendre la matière et la démarche.

Drawing, 2003, collection FRAC Bourgogne

Artiste habituée des sculptures monumentales, assemblage de détritus et de matériaux divers, l’oeuvre exposée ici ressemble à un morceau de tôle brute, élément métallique tiré d’un avion ou d’une voiture.

Pourtant il s’agit d’un dessin au graphite sur papier épais, qui romp avec la perception classique de la peinture et de la sculpture, du mécanique et du manuel, de la technique industrielle et artistique.

Drawing (Détail)

Trois artistes féminines qui savent se jouer des apparences et d’une perception souvent biaisée de la réalité comme un pied de nez à leur propre statut de femme, inventive, radicale, forte et monumentale dont la notoriété pâtit encore des clichés.


Exposition à voir jusqu’au 18 mars 2018

Ouverture de deux nouvelles salles à partir du 17 janvier 2018

Renseignements au 03.80.67.07.82


Oeuvre d’ouverture (détail) : Anita Molinero, Croûûûte Criarde, 2016, courtesy Galerie Thomas Bernard – Cortex Athletico

Les Bains du Nord (FRAC Bourgogne) – 16 rue Quentin

« La peinture en apnée » c’est aller à l’encontre des reflexes naturels et culturels, une expérimentation d’art clinique qui demande à notre cerveau de se déconnecter quelques secondes pour faire voler en éclats le cadre doré limitateur des sensations picturales.

Hugo Pernet, Rosier, 2016 / Antoine Château, Une Dance, 2015 / Hugo Pernet, Deux roses, 2016

Dans l’imaginaire collectif l’art actuel se cantonne aux installations, performances et sculptures spectaculaires,  le Pôle d’Action et de Recherche en Art Contemporain de Dijon* propose en une exposition, 37 peintures et 24 artistes, de remettre la création sur la toile et le papier.

Ida Tursic & Wilfried Mille, La jeune fille au singe, 2012, huile et argent sur toile, 200 x 250 cm, courtesy Almine Rech Gallery

Une nouvelle dynamique qui oblige à une revitalisation du tableau : photographie et traitement informatisé de l’image qui s’humanise par le geste et les accidents de « tâches », informatisation artisanale en pixelisation picturale, ou monochronisme subjectif qui renouvelle la Peinture d’Histoire.

Comme dans la dernière oeuvre de l’artiste Sino-dijonnais Yan Pei-Ming, hommage à la disparition d’Aldo Moro, président de la Démocratie chrétienne italienne, le 9 mai 1978 à Rome, dont le corps retrouvé dans le coffre d’une voiture teinte encore du rouge des brigades terroristes la vie politique transalpine.

Yan Pei-Ming, Aldo Moro (9 May 1978, Rome), 2017, huile sur toile, 250 x 300 cm

En regard de deux autres de ses peintures, l’éxécution mouvante et éclabousante de « Quartier chinois de Saigon » (2004) et « President elect » (2017) titre-trump, constat d’un bateleur triomphant, l’énergie émane autant de la représentation que de la présentation.

Yan Pei-Ming, Quartier chinois de Saigon, 2004, huile sur toile, 130 x 200 cm

L’accrochage participe de l’oeuvre en devenant une part non négligeable de sa production. Suivant les expositions le message peut s’amplifier par l’accord avec d’autres oeuvres rendant unique chaque proposition.

Ici, la tension est maximale entre figuration et abstraction (Image d’ouverture), au sens plein des deux termes, en évitant toute catégorie pouvant relever à la fois de l’une et de l’autre.

Plus encore que les organisateurs, les artistes encouragent cette mise en perspective enrichissante pour le renouveau de la peinture.

Tant et si bien que c’est une véritable scène picturale qui en émerge, particulièrement à Dijon qui à travers l’Ecole nationale supérieure d’art et de design de la ville se montre aujourd’hui active en matière de peinture, tant sur le plan de l’enseignement que sur celui de la recherche.

Une perception nouvelle, voir optique, comme dans le travail du bisontin, devenu dijonnais, Loïc Raguénés qui joue sur la représentation, la mémoire et les affects véhiculés par l’iconographie contemporaine.

Loïc Raguénès, A partir du Club-House, 2011, gouache sur carton, 150 x 230 cm, collection FRAC Bourgogne

La notoriété d’un artiste comme Yan Pei-Ming, issu de cette institution, aide à accélérer ce mouvement, d’autant que son « aura » attire des disciples tel Atsing, né à Shanghai, professeur à l’école des Beaux-Arts de Beaune depuis 2001, qui vit et travaille à Dijon.

Un peintre figuratif dont les couleurs diffuses indiquent le déplacement vers l’abstraction d’un temps qui n’existe pas encore.

Atsing, Dos, 2011, huile sur toile, 182 x 130 cm

De dos, la nuque inexpressive implique plus une « forme humaine » que l’humain en tant que figure identifiable.

Le temps reprend ses droits par l’accrochage au fond d’un couloir qui initie un jeu de miroir obligatoire, le spectateur tournant le dos en quittant cette figure lointaine.

Un « dos à dos » qui permet, enfin, à la peinture de prendre tout son sens et de se situer dans un espace global dont le regardeur donne vie en imitant l’image.

L’apnée arrive quand on ignore l’essentiel !

Une belle occasion d’humer et d’admirer les artistes d’une scène dijonnaise dense, vibrante et entreprenante dans la réhabilitation d’une peinture qui voit au-delà de ses deux dimensions.


Exposition à voir jusqu’au 30 juillet, du mercredi au dimanche de 14h30 à 18h et le samedi de 11h à 13h et de 14h à 18h.

FRAC Bourgogne – 03.80.67.18.18 / 03.80.67.07.82

www.frac-bourgogne.org / communication@frac-bourgogne.org


* Le Pôle d’Action et de Recherche en Art contemporain est composé de 4 membres fondateurs qui sont : la Direction des Musées et du Patrimoine de Dijon, l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Dijon, le FRAC Bourgogne et Le Centre d’art Le Consortium.

Bibliothèque patrimoniale et d’étude – 3 rue de l’école de droit

Quand une exposition pousse à l’exhibition de livres ouverts et offerts en provenance de l’Enfer*, vos amis rechignent moins à vous accompagner sur ces « Scènes de plaisir » dont les vitrines peep-show dévoilent des écrits et images à rendre majuscule le X d’une position généralement si sage.

Les équipes de la bibliothèque patrimoniale aiment à renverser les clichés, pointer l’originalité et dévoiler les dessous affriolants d’un univers dont le sérieux n’engendre pas la mélancolie.

Lire est un plaisir qu’il faut quelquefois agrémenter pour le partager.

Franchir les portes d’un temple de la culture demande parfois une carotte au goût de péché.

De textes léchés en grivoiseries salaces, de gravures en luxure, de menus en histoires d’O à la bouche, voici une exposition qui ne fait pas dans la dentelle si ce n’est celles des frou-frous indicateurs de ces objets qui ne demandent qu’à s’offrir.

Le XVIIe siècle est l’ensemenceur du libertinage de chair et d’idées (Le bourguignon Bussy-Rabutin et sa fameuse Histoire amoureuse des Gaules) que le siècle des lumières porte à des sommets inégalés, de l’illustration des « culbutes » érotiques de la Régence, aux lettres intimes dévoilant les liaisons dangereuses, en passant par les visions sadiques du divin marquis jusqu’aux prémices des droits de la femme (The fruit-shop) encore simple « réceptacle ».

Le plaisir libère les pensées et certaines idées alors révolutionnaires.

Le XIXe siècle bourgeois abandonne la liberté de penser pour le privilège de jouir, tantôt censeur de gravures et d’écrits qui se vendent alors sous le manteau et tantôt noceur, profiteur d’une promiscuité féminine entre bordel et illustrations licencieuses de menus virils.

Menu du 275e dîner du Cornet, au restaurant du Journal à Paris, le 9 janvier 1930

Une tradition jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, qui voit la démocratisation en même temps que la débandade d’un érotisme fouillé.

Aux gravures inspirées de Fragonard et aux « Ragionamenti« , série de propos d’une prostituée à divers interlocuteurs, de l’Arétin (1589) succèdent les cartes postales kitsch dont l’humour potache inspire la vie de bon nombre de nos contemporains…

Car ces objets de curiosité qui font plus ou moins sourire, marquent l’évolution des moeurs, les différentes époques qui successivement ont construit la notre.

Des documents « archéologiques » précurseurs de notre société ou le sexe est « totem suprême ».

Ils font échos à cette volonté de féminité parfaite construite par la chirurgie, ou à ces séminaires de virilité dont les épreuves de force veulent faire perdurer les clichés inscrits dans ces livres.

La possibilité d’une telle exposition implique une liberté de moeurs qui a évolué en obligation de plaisir, nécessaire au bonheur, tandis que le panneau « Interdit aux moins de 16 ans », à l’entrée, se heurte aux réalités « cinématographiques » qui découlent de ces documents et qui inondent les smartphones des collégiens ou des primaires, privés de cette éducation patrimoniale par une époque sexo-schizophrène.

Car au-delà du clin d’oeil et du dépoussiérage de l’image coincée des bibliothèques, c’est toute une évolution de l’érotisme et du plaisir qui est refusée au seul public qui aurait besoin d’une éducation à ce propos**.

Déjà dans l’action mais privé d’images !

On peut aussi déplorer la quasi abscence dans les collections, ou seulement dans l’exposition (?), de références à l’érotisme homosexuel.

Seul un livre ouvert sur quelques photos du couple d’artistes Pierre & Gilles lève le voile sur des pratiques extrêmes, clichés certainement moins tabous qu’un simple baiser qui devrait pourtant se montrer pour pallier à la montée de l’homophobie dans notre pays, particulièrement chez les adolescents…

Les éditions Gay Kitsch Camp ont pourtant de 1989 à 2006 réédité de rares curiosa dont un texte datant de la révolution française qui prône le respect entre les sexes, l’égalité des sexes et la liberté de tout lien d’affection.

Une exposition à ne pas manquer, une initiative à saluer même si la bibliothèque patrimoniale perpétue, logiquement, une morale dont elle est la gardienne.


Exposition « Scènes de plaisir » à voir jusqu’au 1er juillet, entrée libre.

Visite commentée le vendredi 23 juin à 12h30 (03.80.44.94.14)


Une exhibition en accord avec les rencontres littéraires CLAMEUR(S) qui les 23, 24 et 25 juin réunissent le temps d’un week-end des auteurs et des artistes autour des tourments de l’amour. (Programme disponible le 8 juin)

En attendant, pénétrez cette thématique par une série de conférences et un concert, à découvrir ici.


*L’Enfer est le lieux clos d’une bibliothèque où l’on place les livres dont la lecture est jugée dangereuse.

** Un manuel scolaire va tout de même, à la prochaine rentrée, proposer aux collégiens une représentation exacte du clitoris et de sa fonction de plaisir… Ici.

Le Consortium – 37 rue de Longvic – Exposition « Truchement »

1977 a vu l’art contemporain exploser à la face d’une France giscardienne peu encline aux changements esthétiques.

Beaubourg, voulu dès 1969 par un président de la République en phase avec les créations de son époque, est à la fois un centre polyculturel, un défi lancé par l’exécutif à l’académisme des institutions culturelles d’Etat et une réponse éclairée aux événements de mai-juin 1968.

Quarante ans après son inauguration en tant que centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, son architecture « industrielle » due à Renzo Piano, Richard Rogers et Gianfranco Franchini étonne toujours et attire plus de trois millions de visiteurs par an, entre la première collection d’art contemporain et actuel d’Europe (La deuxième au Monde après le MoMA de New-York), les galeries d’expositions temporaires, les salles de spectacle et de cinéma et la première bibliothèque publique de lecture en Europe.

Une influence sur les créations artistiques récentes et se faisant qui a amené à créer une antenne décentralisée à Metz, une annexe, Centre Pompidou provisoire, à Malaga (Andalousie) et à collaborer avec la région de Bruxelles-Capitale pour élaborer un nouveau centre dès 2020.

Centre Pompidou à Malaga

Occasions multipliées de montrer au public sa collection d’environ 120 000 oeuvres dont seules 10% sont actuellement visibles.

L’anniversaire participe de cette ouverture d’esprit qui en 40 villes de Province et de Martinique célèbre une réussite française à l’internationale.

Les spectacles vivants, retrospectives  cinématographiques, performances et expositions sont autant de bougies éclairantes de cette pièce montée créative.

Rodez accueille Soulages, la Piscine de Roubaix se fait l’éloge de la couleur comme outil de construction de l’environnement, Tours déclare « Düsseldorf, mon amour » et Chambord plonge en aventure du regard… (Programme complet)

A Dijon la part de gâteau est double puisque 40 bougies célèbrent aussi l’évolution d’une association alternative, le Coin du Miroir, entre contre-pouvoir et lieu de parole indépendant, en Centre d’Art reconnu et respecté : Le Consortium.

Ancienne usine L’Héritier Guyot à l’architecture post-Bauhaus

1977-2017 : Plus de 230 expositions in situ, 90 expositions hors les murs dans 21 pays, une collection de 300 oeuvres d’artistes internationaux et toujours cette volonté d’enrichir le patrimoine public en matière d’oeuvres contemporaines puisqu’une partie de la collection est en cours de donations à la ville de Dijon, par le biais du Musée des beaux-arts.

Un double anniversaire entre deux centres d’art contemporain dont la différence d’échelle ne fait pas oublier le langage commun.

L’exposition « Truchement » présente des oeuvres dont l’histoire leur est commune, un album de famille dont la mémoire se nourrit de gestes créateurs et expressifs.

Il s’agit surtout de trilogues, entre les deux institutions et l’artiste, entre découverte, exposition et achat, ces oeuvres participent d’une démarche triangulaire dont le public est le grand bénéficiaire.

L’exemple parfait de cette alliance des trois temps, passé, présent et futur, est l’installation de On Kawara, premier artiste japonais qui a su donné à la pensée de son pays une forme contemporaine et productive pour l’Occident, ses date paintings se lient à une sculpture d’Alberto Giacometti (Femme debout II, 1959-1960) qui appartient au Centre Pompidou.

Ces dates peintes d’On Kawara étend le présent (La date correspond au jour de sa réalisation) au passé (Par la technique d’apprentissage et de réflexion nécessaire pour arriver au présent) et au futur (Nous, observant ce présent figé par une date).

Le parallèle avec la sculpture de Giacometti renforce cette alliance des temps puisque elle indique le mouvement comme présent intemporel, émergé d’un passé pour aller de l’avant.

Cet espace temps nous renvoie à la première confrontation de ces oeuvres, au Consortium en 1990, comme un retour vers le futur qui jamais ne passe.

Le Consortium a d’ailleurs commandé à Yan Pei-Ming, grand artiste chinois basé à Dijon, le portrait de ces deux artistes liés cette fois dans la même technique, entre médium photographique et gestuelle du peintre.

Dans la même idée « Polombe » de Franck Stella emprunte le nom d’une cité imaginaire tirée d’un ouvrage du XIVe siècle (Les Voyages de sir John Mandeville) pour une oeuvre au traitement informatique qui donne à un espace plan l’imaginaire de la 3D par illusion optique.

Charles de Meaux dont la société de production Anna Sanders Films compte entres autres comme membres les directeurs du Consortium a créé en 2014, pour le Forum -1 du Centre Pompidou, un Train Fantôme ou le temps se limite à la flânerie.

Cliquez pour un voyage dans Le Train Fantôme de Charles de Meaux

Ce tunnel, évoque les tuyaux caractéristiques de Beaubourg et un passage vers l’inconnu pavé d’images qui défilent, entre paysages et scènes de films, pour mieux nous faire oublier les heures d’un voyage à la fois infini et fugitif.

Quand Franck Gautherot et Xavier Douroux, directeurs du Consortium, invitent le sculpteur César aux Ecuries Saint-Hugues à Cluny en 1996, ils lui conseillent d’éditer une série de Compressions qui seront parmi ses dernières oeuvres, les premières exposées après sa disparition.

Des Compressions liftées, maquillées de couleurs de fard à paupières, rose, vert, or, dont le seul ornement est l’alliance de la signature de l’artiste et d’une date, année de sa disparition, comme une couche de vernis qui finit une carrière brute. (Image à la une et ci-dessous)

Le temps, une date, un poème, un voyage, une année, la confrontation d’images « modernes » projetées par un projecteur 35 mm des années 60 dans l’installation « Rheinmetall/Victoria 8 » de Rodney Graham, dont les oeuvres exposées cet automne-hiver (ici) faisaient déjà référence aux interactions temporelles et stylistiques.

En un mot cette exposition est « Archives » pour le Consortium, les alliances avec le Centre Pompidou, les relations intimes avec les artistes, les grands messages visuels à la reflexion innée.

On en sort des merveilles plein la tête, l’esprit crépitant jusqu’à s’interroger sur son parcours personnel, sur ses réalisations, son passé, son présent et son avenir…

Heureusement quelques salles du rez de chaussée exposent la réponse aux questionnements pas toujours flatteurs.

« Preview » d’Alan Belcher multiplie l’icône JPEG en céramiques format A4, comme autant de possibilités d’images à créer, à sauvegarder, à crasher pour se réinventer et croire toujours à la création future pour les 40 années à venir.


Expositions « Truchement » et « Alan Belcher – Preview » jusqu’au 03 septembre du mercredi au dimanche de 14h à 18h et le vendredi de 14h à 20h.

Visites commentées gratuites les premiers jeudis de chaque mois à 12h30, tous les vendredis à 18h30 et les samedis et dimanches à 16h.

Renseignements : 03.80.68.45.55

Musée Magnin – 4 rue des Bons Enfants – Exposition L’ordre de l’éphémère

Le printemps s’installe et avec lui, pour la plupart d’entre nous, la bonne humeur, la joie, le désir de faire et d’aimer, parallèle instinctif avec la nature renaissante.

Les jardins bourgeonnent et les musées fleurissent tel le Musée Magnin qui décide le temps de la saison (Depuis le 21 mars jusqu’au 18 juin) de nous conter fleurette, des tableaux d’apparat aux huiles intimes, des objets d’étude aux techniques modernes qui fleurent bon le renouveau.

Une histoire d’amour vieille comme le monde et peut être trop évidente pour que l’Art l’ait souvent considéré comme un objet majeur de représentation et d’affirmation du talent d’un artiste.

Jusqu’au XIXe siècle la nature morte était au bas de l’échelle des arts, loin derrière le portrait et la peinture d’Histoire, les fleurs cantonnées aux sujets gentillets de jeunes filles miroirs et aux peintures religieuses en tant que symbole de la beauté du monde.

Jeanne Magnin (1855-1937), Bouquet d’oeillets dans un pichet de porcelaine, huile sur papier marouflé sur carton, H. 36 L. 26 cm, Dijon, Musée Magnin

Leur côté cyclique les éloignent de l’originalité que la peinture moderne ne cesse de rechercher, de la lumière des impressionnistes aux facettes du cubisme jusqu’au monochromisme, abstraction arbitraire qui pousse l’artiste à s’extraire du réel.

Cette exposition insiste sur ces disparités pour mieux les analyser et c’est quatre siècles de fleurs immortelles qui ornent les murs d’un salon du musée éclairé par la verrière d’Auguste Perret, père d’une modernité bétonnée.

Le contraste est constant et apporte à ce rare accrochage la question de l’attention de chaque époque au détail, à la nature et au temps, principes essentiels à la vie et pourtant marqueurs de nettes différences.

Les tableaux les plus anciens présentées expriment tout le talent des peintres néerlandais du XVIIe siècle, comme ces « Fleurs dans un grand vase d’orfévrerie » attribué tout récemment à Abraham Brueghel, cadet d’une grande dynastie de peintres qui très vite a décidé de vivre en Italie, Rome puis Naples, pour se consacrer à la peinture de fleurs.

Huile sur toile, Dijon, Musée des Beaux-Arts

Ce bouquet multiplie les détails naturalistes, du bouton à la goutte de rosée, comme autant de portraits de Cour, de la rose, marquise délicate, à la tulipe, reine incontestée d’une époque où la rareté fugace n’avait pas de prix.

Alors aux Pays-Bas les bulbes de ces fleurs atteignaient des prix exorbitants, dépassant souvent la valeur d’une maison cossue.

Abraham Brueghel apporte ainsi à cette nature morte une noblesse digne de sa valeur marchande, par la délicatesse de traitement et par les dimensions majeures du tableau (H. 156,5 L. 105 cm).

Une économie liée à l’éphémère, telle est l’une des étapes singulière de cette histoire peinte des fleurs que le musée Magnin éclaire de sa finesse de perspective et de ses trouvailles pour une analyse originale de sujets a priori simplistes.

L’exposition reste fidèle à l’esprit de la fratrie Magnin qui voulait par sa collection donner un aperçu des différentes étapes de la peinture, dans une évolution chronologique, fil conducteur qui méne aux tableaux d’un artiste dijonnais contemporain.

Pour se faire nous passons des extravagances hollandaises du XVIIe siècle aux délicats bouquets pastels d’artistes français du XVIIIe siècle, malheureusement souvent anonymes, en passant par les gentilles huiles sur carton de Jeanne Magnin, archétype de l’éducation compléte, si ce n’est du talent, d’une jeune fille de bonne famille du XIXe siècle.

Autant d’étapes qui nous entraîne vers les fleurs modèles, sujets de dessins artistiques ou industriels, à partir de photographies comme celles de Charles Aubry (1811-1877 / Collection du musée d’Orsay), dont les arrangements  floraux aux compositions complexes sont autant de sujets d’ombre et de lumière pour modèles de tissus ou de tapisseries.

Un art appliqué qui bien vite va s’inspirer des impressionnistes qui travaillent à l’extérieur, d’après nature, l’occasion de voir la fleur telle qu’elle veut se montrer et telle qu’on peut la voir.

Le XIXe siècle avide de sciences offre aux élèves botanistes des représentations géantes des fleurs dont chaque élément peut être démonté et analysé. L’Université de Bourgogne conserve quelques uns de ces modèles d’étude en matériaux divers dus à Robert et Reinhold Brendel (Père et Fils).

Aconitum napellus & Dianthus carypophyllus, H. 40 cm

Ces maquettes et arrangements photographiques multiplient la vision de l’évidence pour mieux la réinventer et devient le jalon idéal entre l’art de représentation tel qu’on peut le voir jusqu’au XIXe siècle à l’art de réinterprétation, source nouvelle d’inspiration tel que l’artiste Didier Dessus nous en fait la démonstration.

Cet artiste dijonnais apprécie particulièrement de travailler les sujets en séries, que ce soit les cabanes exposées il y a quelques temps à l’Hôtel Bouchu d’Esterno ou comme ici les fleurs, pivoine, pavot et chrysanthème.

Bon nombre de peintres abstraits, comme Mondrian ou Malevitch, ont été à leur début des peintres de fleurs, signe que l’on apprend de la nature pour mieux la conceptualiser.

Ainsi Didier Dessus perçoit dans les fleurs le cycle de la vie, des pivoines qui préparent leur reproduction, écho à une certaine renaissance ou réensemencement, qu’il compare à la peinture monochrome, vu comme un moment dernier à moins qu’il ne soit le premier ?

En cela il lie le moderne et l’ancien par ces fleurs à l’image retravaillée à l’aide d’un logiciel graphique pour en effacer des lambeaux qui laissent place à un fond monochrome gris-bleu.

Pivoine, huile et acrylique sur toile, H. 120 L. 120 cm

Il restitue ensuite par le dessin puis la peinture ces fleurs déchiquetées sur le fond coloré qui font émerger des morceaux de paysages aux formes fragmentées et ambiguës où chacun peut voir son inconscient.

Une exposition comme un bucolique voyage dans le temps et la technique qui fait perdurer l’art de la peinture dans ce qu’elle reflète de chaque époque.


« L’ordre de l’éphémère. Représentations de fleurs anciennes et contemporaines » Exposition-Dossier jusqu’au 18 juin au Musée national Magnin,       4 rue des Bons Enfants.

03.80.67.11.10


Illustration en tête d’article : Jan van den Hecke le vieux (1620-1684), Fleurs dans un vase de verre, huile sur bois, Dijon, Musée Magnin.