Archives départementales de la Côte-d’Or – 8 rue Jeannin

Il existe en ville un monstre insatiable, grossissant de jour en jour de la masse d’information que notre société génère à un rythme effréné.

Un être hybride à la fois éléphant, par l’envergure et la mémoire, et écureuil, par la discrétion et le goût de l’accumulation, une créature complexe qui fait de chacun de nous des docteurs Frankenstein aux morceaux de vie, personnelle et professionnelle, imbriqués, disciplinés et offerts à nombre de curieux de l’Histoire, commune ou plus intime.

Depuis 220 ans les archives départementales offrent à chacun le privilège de se remémorer, de prouver et de s’enraciner au sein d’un monde changeant et jetable.

Par des archives très anciennes comme très récentes, du IXe au XXIe siècle, Dijon conserve 29 kilomètres linéaires de documents qui concernent non seulement la Côte-d’Or mais aussi, pour l’Ancien Régime au moins, la Bourgogne en général.

La plupart sont des fonds d’origine publique, que ce soit les anciennes institutions royales, celles créées après la révolution française ou celles d’institutions permanentes (notaires, état civil, communes, hôpitaux), mais aussi des fonds d’origine privée provenant des familles, entreprises, associations ou tout organisme marquant de la Côte-d’Or ou de Bourgogne.

Ces documents font régulièrement l’objet, comme dernièrement les registres matricules, de campagnes de numérisation qui offrent la praticité et le confort de la consultation sur internet (ici).

Néanmoins, toutes les archives ne sont pas encore consultables en ligne, ce qui nécessite une visite sur site, dans le formidable hôtel Rolin, au contact direct ou indirect, par le résultat de leur travail, avec les agents que je vous invite à rencontrer dans ce document sonore, archive des archives, complément au mémoire de Master en archivistique que j’ai présenté en 2014.

Depuis, les archives s’ouvrent toujours plus au monde qui l’entoure, par des expositions, par la grande collecte Afrique-France, par la recherche sur internet qui ne cesse de progresser, par les réseaux sociaux avec une page facebook (ici) et par la création, il y a un an, de l’association des Amis des Archives de la Côte-d’Or et des deux Bourgognes*.

Cette association est l’occasion de fédérer les amoureux des archives, d’organiser des voyages à la découverte du Patrimoine (Comme ici , l’été dernier, une croisière de St-Jean-de-Losne à Dole), d’échanger avec des associations soeurs et de gérer le programme de « L’atelier du chancelier Rolin« .

Une série d’ateliers qui offrent les clés du savoir, ou tout du moins la possibilité d’avancer en toute autonomie dans ses recherches, par l’apprentissage de la paléographie (Etude des écritures manuscrites anciennes), du latin, de la sigillographie bourguignonne (Etude des sceaux) et par une suite de conférences « Sources et méthodes » qui permettent d’acquérir les techniques d’étude particulières à chaque sujet de recherche.

Des spécialistes (Universitaires, agrégés, bibliothécaires et archivistes) permettent, par exemple, de comprendre et exploiter la comptabilité de la fin du Moyen Âge (14 février), de faire l’histoire d’un château médiéval (14 mars), d’une région comme la Bourgogne (6 juin) ou d’une entreprise de la première moitié du XXe siècle (20 juin).

Autant de sujets, non exhaustifs, qui illustrent à la fois la  diversité des documents conservés au sein des archives départementales et la volonté que chacun puisse les apprivoiser.

Une ouverture au monde qui s’exprime aussi par la rime de l’administratif et du festif.

En dehors des heures d’ouverture, certains soirs, Edouard Bouyé, directeur dynamique et homme de spectacle, vous invite au concert, à la lecture et quelquefois à la dégustation d’un lieu qui, en son temps, accueillit le jeune Mozart.

La bâtisse s’ouvre à la vie du quartier et à certaines festivités, en partenariat avec Arteggio, pour une offre culturelle propice à faire voler en éclats certains clichés plus poussiéreux que la réalité.


*L’association des Amis des Archives de la Côte-d’Or et des deux Bourgognes se réunit en Assemblée Générale le 31 janvier à 18h, l’occasion d’y adhérer afin de participer aux nombreuses activités.

Renseignements à l’accueil des archives et par mail


Pour en savoir plus sur l’évolution du bâtiment l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres propose une conférence « De l’hôtel Rolin au Palais des Archives » le lundi 13 février à 18h, 5 rue de l’Ecole de Droit.

Les hôtels particuliers de Dijon au XVIIe siècle

« Hôtel : on nomme ainsi les maisons moins belles que les palais et plus belles que les simples logis (…). » Nicolas Catherinot, Traité architecture, 1688.

Hôtel de Vogüé, façade sur cour, lucarne axiale, motif de la femme à la serviette

Un mot qui s’applique depuis le XIIIe siècle aux édifices de prestige (Hôtel de ville), de location et d’hospitalité (Hôtel-Dieu) ainsi qu’aux résidences princières et plus tard, aristocratiques, par opposition au palais souverain et à la maison bourgeoise.

Ce qui a valu à la fin de l’Ancien-Régime d’ajouter à la dénomination de ces résidences privées, souvent réservées à l’usage d’une seule famille, le qualificatif de « particulier » ancré jusqu’à aujourd’hui dans un imaginaire commun fait d’attraction, de distinction et de séduction.

L’hôtel particulier est l’archétype très français d’une réussite distinguée, un élégant esprit national dont Dijon est l’une des villes de France les mieux dotées.

Il suffit d’arpenter les rues pour s’en apercevoir et lire sur les plaques adossées un brin d’Histoire qui nous entraîne en quelques lignes et anecdotes au sein d’une autre époque.

En haut, de gauche à droite : Hôtel Legouz de la Berchére, Hôtel de Vogüé, Hôtel Millotet / En Bas, de gauche à droite : Hôtel de Villemeureux et Hôtel Heurtault

Agnès Botté, guide conférencière et historienne de l’art, nous plonge au fil d’un livre fleuve, résultante d’une thèse océanique, à la découverte de ces îlots de vie, abrités, pensés, construits, organisés, distribués et ornés pour mieux révéler le particulier.

De nombreux articles sur certains hôtels de Dijon ont été publiés au cours des deux derniers siècles par des érudits locaux, particulièrement Eugéne Fyot (1866-1937) et son fameux « Dijon. Son passé évoqué par ses rues » l’un des premiers ouvrages à présenter le patrimoine architectural comme un tout en englobant le prestigieux et l’humble, archétype précurseur de bien des études d’histoire moderne mais qui ne s’engage pas aux sources de ces résidences privées aux profonds secrets.

Dijon qui compte une centaine de ces résidences historiques de prestige, manquait ainsi cruellement d’une étude de synthése sur le sujet comme celles réalisées pour Paris* ou d’autres villes parlementaires.

Agnès Botté nous introduit dans un mode de vie, de pensée et de gouvernement très éloigné de ce que nous vivons aujourd’hui.

Au XVIIe siècle la Bourgogne rattachée au domaine royal à la mort de Charles le Téméraire, en 1477, possède une administration originale et complexe de « Pays d’Etat », comme la Bretagne, la Provence et le Languedoc, avec une certaine indépendance face au pouvoir royal représenté sur place par un gouverneur et un intendant.

Dijon est la capitale de ces « Etats » et le siège des principales autorités de la Province : La chambre des comptes, le parlement et le bureau des finances.

Autant de charges importantes occupées par des hommes de loi qui se doivent de demeurer autour du noyau politique et administratif de la ville pour y recevoir tout en affirmant leur rang.

Plan géométral de la ville de Dijon, dit « Plan Mikel », 1759 – Autour de la Maison du Roy les hôtels se dessinent…

A Dijon ces hôtels se construisent donc au long des rues, dites parlementaires, contrairement à d’autres villes qui possèdent des quartiers résidentiels, d’où une proximité avec des immeubles populaires, dans une certaine mixité sociale qui fait tant rêver aujourd’hui.

Une affirmation de la réussite de ces hommes souvent issus de « la boutique » qui au fil des générations et des charges ont formé cette « noblesse de robe », majeure à Dijon, au détriment d’une « noblesse d’épée » déjà affaiblie et peu fortunée.

L’hôtel dans le paysage urbain se détache et affirme la  position particulière de ses habitants.

Hôtel Etienne de Bouhier, dit de Vogüé, 8 rue de la Chouette

Pourtant elle leur impose une certaine discrétion, un parlementaire n’est pas un prince, et une certaine économie, leur fortune étant souvent limitée, issue de biens terriens, tandis que leur origine sociale, commerçante, leur dicte toujours la mesure.

Elle se voit par le peu de fioritures de ces édifices mais surtout par les exigences des commanditaires.

Hôtel Maire, dit de Blancey, 6 rue Berbisey, façade du corps de logis en fond de cour et du bâtiment des remises

Ce livre est avant tout basé sur des documents originaux, archives familiales et notariales, qui, selon les pièces, donnent des indications sur le bâtiment, son mode de création et ses impératifs de vie.

Les contrats de marchés entre l’entrepreneur et le commanditaire, les inventaires d’entrepreneur, les inventaires après décès et les contrats de mariage sont les principaux actes qui permettent de tracer l’historique de ces hôtels à la dijonnaise et de les comparer aux constructions parisiennes ou d’autres villes.

Hôtel de Vogüé, Claude Sorlin entrepreneur, plan de l’hôtel, fin XVIIIe siècle, Archives Départementales de la Côte-d’Or, Q 207

Aller à la source pour mieux y admirer le savoir-faire des maitres-maçons, observer les plans et la disposition des pièces, fouiner dans les communs, cuisines ou écuries, vivre dans les nombreuses chambres, salons et antichambres, profiter du jardin et de ses pavillons, observer de près les morceaux d’architecture, de l’entrée à la façade, des toitures à l’art des dedans, de l’immuable escalier de prestige aux cheminées monumentales, boiseries et décors peints de 54 hôtels en ordre d’inventaire.

Hôtel Le Compasseur, puis de Sassenay, 3 rue Berbisey, grand escalier, Série de Bas-Reliefs de l’Histoire d’Apollon avec Python, Daphné et Marsyas

Au fil des nombreux remaniements et changements de propriétaires ces maisons particulières offrent des destins divers.

Musée comme l’hôtel Lantin qui conserve les collections de la fratrie Magnien, lieu d’exposition et de concert comme l’hôtel Bouhier, dit de Vogüé ou comme beaucoup d’autres, lieux d’habitations en multi-propriétés cloisonnées plus ou moins bien préservés.

Un livre comme un parcours qui permet de ressusciter l’histoire de ces hôtels et de s’y aventurer grâce aux photographies de Jean-Pierre Coquéau et à la pugnacité d’Agnès Botté à ne pas les laisser s’oublier.

Les instances publiques, comme la DRAC, sont chargées de veiller sur cet héritage unique sans pour autant sonner à temps le signal d’alarme.

En cela des associations comme « Dijon, histoire et patrimoine » et des travaux comme celui d’Agnès Botté peuvent attirer l’attention sur un patrimoine fragile.

Ironie de l’Histoire, c’est rue Jeannin, en face des Archives Départementales de la Côte-d’Or qui conservent bon nombre des documents permettant de tracer l’évolution de ces morceaux d’architecture, que se trouve l’Hôtel Pérard de la Vaivre, le plus en péril de tout Dijon.

Noirci et aux pierres fuyantes, il est pourtant un jalon important dans l’histoire de l’architecture dijonnaise du XVIIe siècle par ses rapports étroits entre son ordonnance colossale et celle des hôtels parisiens des années 1640-1650, dont le formidable hôtel Lambert, en l’île Saint-Louis, aux propriétaires aussi peu délicats (A lire ici).

Une étude comme un élan : Ecrire, lire et agir afin que ces hôtels particuliers demeurent un bien commun.


Agnés Botté, Les hôtels particuliers de Dijon au XVIIe siècle, éditions Picard


* Alexandre Gady, Les hôtels particuliers de Paris, du Moyen-Âge à la Belle Epoque, éditions Parigramme

Le Consortium – 37 rue de Longvic – D. Hominal & F. Værslev

Le Consortium va fêter cette année l’étincelle de son existence, 40 ans à s’animer et à présenter des artistes qui ont encore quelque chose à dire sur la peinture.

Rodney Graham dont nous avons déjà présenté le travail (ici) et deux jeunes plasticiens, David Hominal et Fredrick Værslev qui affirment une harmonieuse fureur de créer.

David Hominal

David Hominal, un franco-suisse établi à Berlin, fils de boucher dont le sang des bêtes à été le premier objet et le révélateur de ses talents artistiques.

Enfin un peintre loin des faux semblants et du second degré, regardez, détestez, adorez mais ne cogitez plus. Une qualité essentielle dans un monde de l’art contemporain toujours prompt à noircir du papier pour ennoblir les oeuvres.

Tout son charme tient à cette liberté, loin de tous cloisonnements et des séparations habituelles entre l’abstrait et le figuratif, le consciencieux et le facile, l’art qui fait vendre et celui qui fait plaisir.

Les tournesols s’éclatent, les Smileys (Ou Emojis selon la génération) sont entre Le Cri et un panneau interdit, les monochromes d’ocres reviennent à la terre et les ananas se posent, prennent la pose et s’exposent.

Tout est simple mais rien n’est évident dans une peinture très gestuelle, tressautante, mouvante, vie-brante !

La toile en perd ses limites et rejoint en cela le travail de Fredrick Værslev, qui après Matias Faldbakken en 2013, est le deuxième norvégien à être exposé au Consortium.

Plus apaisé que son compatriote, Fredrick Værslev entretient un rapport très personnel avec la nature dont il se sert à des fins collaboratives aléatoires.

Un climat créateur qui exprime toute la difficulté de la vie en Norvège entre les fréquentes intempéries, le froid et la pénombre, une bonne partie de l’année.

Un cycle rigoureux qui apparaît dans un travail fait de séries sans espace défini, comme un long paysage lumineux découpé en séquences successives dont l’évolution est à peine perceptible mais bien présente.

Un art symbolique et brut, simple et marginal.

D’où le titre de l’exposition « All around amateur« .

Inspiré des photos de couchers de soleil prises lors de voyages en avion, avec un téléphone portable, la retranscription nécessite un chariot mécanique utilisé pour tracer des lignes sur les routes et les terrains de sport.

Les bombes de peinture pour ce type d’outil ne sont disponibles qu’en rouge, bleu, jaune et blanc, ainsi une fois les couleurs déposées sur la toile, Fredrick et son assistant les mélangent avec de l’essence de térébenthine jusqu’à créer un dégradé qui rappelle les tonalités du coucher de soleil.

Les toiles sont alors tendues sur des châssis de même taille afin de pouvoir être alignées de manière continue.

Réalisées par séries de huit toiles successives, leurs séquences peuvent se lire dans l’exposition selon des tonalités qui vont du plus foncé au plus clair.

Une oeuvre atmosphérique renforcée par la mise en scène spectaculaire de l’exposition dans un espace de soixante mètres de long, un extraordinaire effet de ligne d’horizon offert au crépuscule.

Petit instant poétique jamais très éloigné des réalités.

Fredrick Værslev remet constamment en cause le statut de la peinture par sa construction créatrice et par sa réponse aux soucis esthétiques de sa mère, désireuse d’installer une tablette sous le tableau pour y déposer des plantes ou des bibelots.

Etagère aux grains de riz

L’oeuvre réduite à l’ornement et l’ornement devenant oeuvre par la réalisation d’une série (Toujours) d’étagères en bois léger que Fredrick confie à des amis, artistes (Josh Smith, Matias Faldbakken) ou non, pour les décorer.

Humour, ironie, envie de plaire, d’orner, création libre, fétichisme…

… Liberté, réceptacle de tous les possibles, illustrée par ces deux expositions fidèles à l’esprit curieux né de l’étincelle initiale.


Expositions à voir jusqu’au 19 février.

Visites commentées gratuites tous les premiers jeudis de chaque mois à 12h30 – Prochaine le 2 février.

Plus de renseignements ici

Le Consortium – 37 rue de Longvic – Rodney Graham

L’art contemporain évite l’évidence, tourne le dos à la nature en la réinventant, et s’oppose au conformisme au risque d’être un mystère, souvent incompréhensible de « la masse ».

En rupture avec le maillage culturel éclairé, mis en place par André Malraux dans les années 60 (Maisons de la Culture), bon nombre d’associations urbaines, de « libre pensée » ont émergées dès 1970.

Elles se veulent, alors, les lieux d’un discours décomplexé et le champ d’expérimentations « plastiques » en tous genres.

Pour celles qui ont survécu (…) elles ont un poids indéniable dans le libéralisme du marché de l’Art que nous connaissons aujourd’hui.

C’est le cas de l’association « Le Coin du Miroir » fondée à Dijon en 1977 par Xavier Douroux et Franck Gautherot.

Devenue au fil des années, des alliances et des lieux d’exposition, Le Consortium.

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Premier centre d’art contemporain conventionné, en 1982, par la délégation aux arts plastiques du ministére de la Culture.

Désormais une Institution, indépendante, qui va fêter ses 40 ans, en utilisant, pour se faire, le truchement d’un autre anniversaire, celui du Centre Pompidou.

De l’esprit contestataire des débuts que reste-t-il ?

Xavier Douroux : « Je crois qu’on a beaucoup changé, mais malgré tout il y a quand même des lignes de force qui restent et on est toujours dans cette même capacité à dire « C’est maintenant que ça se passe ! ». Et cela permet de suivre, dès aujourd’hui, l’itinèraire d’un artiste dans les années qui vont venir« .

En cette fin d’année, et jusqu’au 19 février, trois artistes sont à l’honneur, R. Graham, D. Hominal et F. Vaerslev.

Trois visions, deux générations.

Intéressons nous au plus reconnu des trois, Rodney Graham, canadien, artiste de la scéne de Vancouver, représenté par les meilleures galeries, de New York, Londres et Zurich.

Le titre de son exposition pose les jalons d’une vision particulière du métier : « You should be an artist« .

« Vous devriez être un artiste »

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Rodney Graham ne se voit pas juste comme un créateur, mais comme un conteur d’histoires, qui souvent le mettent en scène.

La dualité : L’oeuvre de l’artiste et l’artiste dans l’oeuvre, offre toujours un questionnement particulier qui, ici, prend un tour décalé, aux limites de l’ironie, voir de l’humour.

Ses photos rétro-éclairées, uniques, dyptiques ou tryptiques, le représentent grimé en un artiste-personnage, emblématique ou caricatural de leur époque, soit musicien, peintre du dimanche, gardien de phare maquettiste, fou rêveur, ou en manque d’inspiration dans un bar.

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Dans ces images, les univers varient, mais reste toujours un sens de la reconstitution, de la mise en scène, du détail, qui fait de chaque objet du décor une oeuvre d’exception.

On les retrouve, d’ailleurs, échappés de l’image, fragments d’art explicatifs du Tout, en même temps qu’hommage aux artistes et courants d’art passés.

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Ainsi la réalisation du dilletante du dimanche (ci-dessus) s’inspire de l’oeuvre de Morris Louis, artiste américain du color field.

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De même une série de sculptures en fils métalliques (Pipe Cleaner Sculpture) évoque l’Arte Povera, une attitude artistique et sociale, née en Italie dans les années 60, en rébellion contre la société de consommation.

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Le geste créateur surpassant l’objet fini.

Evocation aussi, dans une série de tableaux, de l’artiste Lucio Fontana, avec ses monochromes maltraités, mouvement du « Spatialisme » où la toile doit s’ouvrir largement au delà de son environnement pictural.

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Inspiration d’artistes majeurs des années 60, mais aussi des dessins d’humour que l’on pouvait trouver dans les magazines masculins des années 50.

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Caricature de l’art contemporain, et de ses amateurs, dans un jeu de miroir…

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Possible Abstraction – Laque sur panneau de bois

… Devant ces compositions abstraites, presque identiques, allez-vous vous poser la même question que ces deux hommes ?

Ironie, sens du détail, références, l’art de Rodney Graham est riche à plus d’un titre.

Il pourrait être comparé, en cette période de fêtes, à un calendrier de l’avent, dont les fenêtres ne cessent d’élargir l’univers artistique.

Par références, par déférence et par passion d’un art qui n’oublie pas sa vocation première : élever celui qui le regarde.

Musée Magnin – 4 rue des Bons Enfants

Dans la culture occidentale la nudité est au paradis ce que le vêtement est à l’humanité, une obligation de la vie en société depuis Adam et Eve.

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Eventail à scène galante en ivoire et vélin, vers 1855

Le musée Magnin par une exposition-dossier « La mode dans le portrait » nous invite à une réflexion sur l’art de se vêtir et sa représentation sociale et personnelle (Comme ce portrait de femme, huile sur toile, vers 1825)

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Certains portraits de sa riche collection sont mis en paralléle avec des vêtements de même époque provenant de la non moins foisonnante collection du musée des tissus de Lyon (Comme ce chapeau baleiné à rubans en taffetas, vers 1830)

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Claire Berthommier, chargée des collections du musée des Tissus et du musée des Arts décoratifs de Lyon, commissaire d’exposition avec Rémi Cariel, conservateur du musée Magnin, me présentait, en octobre dernier, l’exposition pour BFC Radio.

Une collaboration passionnante et taillée sur mesure tant on dirait que les atours et parures choisis sortent des tableaux, du double art de paraître : en société et portraituré.

Mise en perspective dans deux salons feutrés qui invitent à un regard triangulaire, entre parure, portrait et postérité.

Que reste t-il des aspirations esthétiques ? Que reste t-il du passé ? Le vêtement est-il plus porteur d’émotions qu’une peinture ?

Autant de questions à se poser jusqu’au 8 janvier 2017, date de clôture de cette exposition-dossier.

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Tout le mois de décembre, et le reste de l’année, le musée Magnin présente, dans un très bel hôtel particulier du XVIIe siècle, l’Hôtel Lantin, une collection permanente de plus de 2000 oeuvres réunies fin XIXe et début XXe par un frère et une soeur, Maurice et Jeanne Magnin.

Peintures françaises, italiennes et de l’école du Nord (Dont « Les plaisirs de l’Hiver » de Pieter Brueghel le jeune), mais aussi arts graphiques et mobilier.

Des oeuvres classiques, pour la plupart du XVIe au début du XIXe siècle.

En effet, cette fratrie collectionneuse n’avait pas de goût pour l’avant-garde, ce qui n’empêche un choix assez sûr. Ainsi leur indépendance de goût permet d’admirer les oeuvres d’artistes rares dans les musées français, comme Claudio Ridolfi ou Jacopo Bertoja.

C’est aussi l’occasion de découvrir une collection particuliére encore « dans son jus », un vrai Bon dans le temps à deux pas de la place de la Libération.


Le musée Magnin est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h. Fermé les lundis, le 25 décembre et le 1er janvier.

L’actualité culturelle de la grande région Bourgogne-Franche Comté est sur BFC Radio, dont je suis le correspondant dans la région Dijonnaise.