Moutarderie Fallot – Rue de la Chouette

Les spécialités culinaires sont-elles le reflet de la personnalité des villes qui les ont vu naître et qui font aujourd’hui leur renommée au niveau national, voir international ?

Dijon s’incarne t-elle dans la moutarde ou la moutarde incarne t-elle Dijon ?

Dans le Monde le mot et le nom semblent indissociables, passant du propre au commun¹, même si les productions varient et ne rendent ni comptes ni justice à une capitale de la gastronomie.

Un savoir-faire qui dès le début du XIVe siècle est remarqué dans divers documents², la « moustarde » est alors le produit du mélange de vin aigre tiré du moût de raisin et de graines de sénevé broyées au goût affirmé, qui donne au terme une origine latine gustative : « Mustum »  (Le moût) et « Ardens » (Ardent).

Ce n’est donc pas la devise « Moult me tarde » du premier duc de Bourgogne de la branche Valois, Philippe le Hardi (1342-1404), qui est à l’origine du mot.

La ville de Dijon très aimable envers ce prince, jusqu’à lui fournir en 1388 une troupe de mille hommes pour l’aider à conquérir la Flandre, y gagne alors le droit de porter cette devise sur son blason.

« Moult me tarde » : « Il me tarde beaucoup« , sous entendu d’aller au combat, résonne d’une ardente dynamique pour le Dijon d’aujourd’hui qui se veut Capitale.

Un désir d’avenir, de conquête de nouveaux marchés, qui passe souvent par un retour aux sources, au vrai et à un savoir-faire unique au service de nos goûts changeants.

La moutarderie Edmond Fallot, qui fonctionne à Beaune, sous ce nom, depuis 1928, a rompu en 2014 le mauvais sort qui éloignait de plus en plus Dijon de sa spécialité.

Dans la boutique-atelier vous pouvez assister à la fabrication à Dijon d’une véritable moutarde, depuis la fermeture de l’usine Amora-Maille en 2009, une moutarde au Meursault réalisée avec 100% de graines cultivées en Bourgogne, réintroduisant une pratique perdue depuis la fin de la seconde guerre mondiale au profit de l’exportation canadienne.

Tradition-Spectacle pour la fabrication sur place d’une moutarde au Meursault réalisée avec 100% de graines de Bourgogne

Un espace de promotion de la tradition et de vente à nos désirs de saveurs et de couleurs.

La partie atelier à la décoration subtilement surannée est un écho aux bâtiments d’origine de la moutarderie, à Beaune, non loin des Hospices, qui depuis 1840 abritent la fabrication des moutardes et vinaigres selon des méthodes traditionnelles.

Fallot est la dernière grande moutarderie familiale de Bourgogne a continuer à broyer les graines à l’aide de meules de pierre, préservant ainsi à la pâte toutes ses qualités gustatives.

La moutarde de Dijon y retrouve ici ses lauriers de gloire car malgré ce que son nom laisse à penser il ne s’agit pas d’une appellation d’origine, « Moutarde de Dijon » relève simplement d’un procédé de fabrication à usage international.

Il s’agit généralement d’une moutarde lisse dont la pâte a été mélangée à du vinaigre et plus typiquement du verjus (Jus de raisin vert) qui donne à la préparation son piquant caractéristique.

Pour rendre à cette moutarde de Dijon son identité locale l’ajout de vin blanc aligoté, en lieu de vinaigre, la transforme en « Moutarde de Bourgogne », toujours lisse et forte avec un surcroit de finesse qui lui accorde une personnalité unique reconnue IGP (Indication géographique protégée).

En moutarde Dijon est de partout tandis que la Bourgogne est bien de chez elle…

Ecran interactif pour Culture moutardière

Une saveur réappropriée qui permet, grâce à cette base solide, toutes les alliances gustatives.

Dijon lui offre le pain d’épices et le cassis, la Côte-d’Or y associe ses grands vins, Meursault pour sa production dijonnaise et Pommard pour des fêtes dorées à l’or fin et la Bourgogne lui procure Marc, truffes et Chablis dans le sillage de l’étoile  gastronomique « Bernard Loiseau » pour des saveurs inédites et des goûts exotiques dont le chef du relais, Patrick Berton, à le secret : cépes et thé fumé, aneth et citron, feuilles de coriandre et oranges confites.

Des voyages en territoires de terroirs qui permettent des jumelages jusqu’alors inconnus :  piment d’espelette, miel et vinaigre balsamique de Modéne ou sirop d’érable relevé de romarin.

Unions que l’on peut juger contre nature mais qui font le sel d’une vie de papilles.

Aussi pour les plus classiques un retour au vert s’impose en poivre de même couleur, basilic ou estragon, une entente de plantes pour la simplicité du bon.

Le choix reste à faire parmi ces 32 variétés propres à titiller les assiettes et palais.

Heureusement la boutique se veut ludique à plus d’un titre : le « Bar à moutardes » (Ci-dessus) permet de goûter les pluriels pour des plats singuliers avec une pincée de conseils avisés, le « Vrac » se la joue écolo pour remplir les pots de grés des classiques maisons au fil de votre consommation et le « Distributeur » de mini-pots (Ci-dessous) joue les casinos pour un euro.

Une proposition qui revient aussi aux sources aigres-douces par la vente de vinaigres, aux combinaisons aussi riches que les moutardes (Vin blanc aux herbes de Provence, vin rouge cépage Merlot, litchi & rose, vanille et curcuma), de cornichons, de la marque et de la maison Marc et d’une confiture de moutarde élaborée par Franck Bourgeon pour une utilisation façon Chutney en association avec un foie gras ou du chèvre.

Les parfums, couleurs, saveurs, mélanges, associations et propositions offrent toutes les audaces du bon goût à partir de simples graines, vendues en sac de jute estampillé, dont la saveur après transformation, comme un défi, est une source d’inspiration pour la ville, la région et l’entreprise qui y est associée : relevée !


La boutique est ouverte 7 jours sur 7 de 10h à 19h.

A Beaune, 31 rue du Faubourg Bretonnière, la moutarderie Fallot se visite suivant deux parcours : « Découverte » et « Sensations fortes » entre Histoire et mise en scène.


Les graines de moutarde entrent aussi dans la composition d’un savon local, AMOA, à découvrir ici.


¹ Etienne Tabourot, « Les bigarrures et touches du seigneur des Accords. … », 1603 – A lire ici.

² Dans le Cartulaire d’Igny (Abbaye cistercienne fondée en 1127 par des moines de Clairvaux) on trouve en 1323 un certain Gilles dit moustardier.

Mulot & Petitjean – 13 Place Bossuet

Depuis plus d’un siècle deux noms attisent la gourmandise des Dijonnais : Mulot et Petitjean.

Une Maison, héritière d’un savoir-faire d’exception, qui a fait de Dijon, dès la fin du XIXe siècle, la capitale française du pain d’épices.

Hôtel particulier du XVe siècle devenu au XVIIe la propriété de la famille Catin de Richemont, qui lui a laissé son nom. Depuis 1805 c’est une Maison de pain d’épices…

Une succulente dignité qui se perpétue dans une maison à colombage, dont les murs sont ornés de décorations à dévorer.

Une histoire digne des frères Grimm et dont les origines, en effet, ne sont pas éloignées d’un conte de fées.

Depuis 1796 et la fabrication de pain d’épices à « façons de Reims et Montbeillard » l’identité dijonnaise s’est affirmée, au fil des alliances et des huit générations qui, après le fondateur Barnabé Boittier, ont perpétué la tradition tout en suivant l’évolution des techniques de fabrication et de vente.

Boîte à délices due au graphiste Benoit Heureaux

Un savoir familial et une manière artisanale que seul Mulot & Petitjean a su lier au monde moderne.

Fusion des archives et de l’innovation, couronnée en  2012 par le label « Entreprise du Patrimoine Vivant« , une première dans le domaine de la gastronomie.

Ainsi Mulot & Petitjean est, aujourd’hui, le gardien et le fournisseur, de tous les mythes, les histoires et les rêves que le pain d’épices porte en sa nature inédite :

De son origine, très vraisemblablement Chinoise, dans ce pain de miel, le Mi-Kong, que l’on retrouve au XIIIe siècle parmi les rations des cavaliers de Gengis Kahn. Du pain fortifiant, qui donne l’énergie et la force aux guerriers.

Au Pavé de Santé, cette recette spécifique à Dijon, faites du mélange de farine, de miel et de sucre (La pâte mère) qu’on laisse reposer une ou deux semaines avant d’ajouter des jaunes d’oeufs, de la poudre à lever et une épice en particulier, l’anis. Pas de matiéres grasses (Ni beurre, ni lait) ce qui donne un pain qui se conserve longtemps et qui est particulièrement recommandé pour la forme physique.

Des textes qui mentionnent, dès le XIVe siècle, le goût de Marguerite de Flandre, épouse du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, pour le boichet, une patisserie à base de farine de froment et de miel blanc.

A cette spécificité dijonnaise d’utiliser la farine de froment, au contraire des Alsaciens qui utilisent la farine de seigle, afin d’obtenir une consistance plus ferme.

Des souvenirs d’une enfance pas si lointaine où le pain d’épices était une gourmandise de fêtes, tout comme les oranges, fruits exotiques, que l’on offrait, à l’unité, à Noël.

A ces nonettes, garnies de marmelade, et de multiples autres saveurs de confitures, présentées dans des boites cylindriques en métal reprenant d’anciens dessins aux motifs chargés de gloire et d’émotion.

Mulot & Petitjean sait faire vibrer la corde sensible d’une époque idéalisée par la notre, à la recherche de repaires dans la nostalgie.

Aussi retrouve-t-on dans les magasins ces petites images à collectionner, les chromo-graphies, actualisées par les exquis dessins naïfs de l’illustratrice Berthine Marceau.

L’entreprise s’amuse avec son image, elle en joue, même si ses produits sont toujours en osmose avec le décor de la splendide boutique de la place Bossuet.

Boiseries aux teintes sucrées où figure, en dessous d’une tête féminine, le blason de la ville de Dijon (A la légion d’honneur reçue en 1899). Signe du lien très fort entre la cité et le fabricant de pain d’épices

Un style éclectique, de tonnelles en trompe-l’oeil, de rocailles et d’un gris trianon teinté de l’esprit d’une exposition universelle Belle Epoque, qui sert d’écrin aux productions maisons, aux marchandises amies (Moutarde, bonbons et liqueurs), ainsi qu’aux recettes sauvegardées.

On peut citer particulièrement les Jacquelines, du nom de la compagne de l’automate Jacquemart, un coeur praliné, ou nougatine, enrobé de glace royale, comme une meringue.

Cette recette créée en 1926 par Anthonin Michelin, patissier très renommé à Dijon au début du XXe siècle, a été rachetée en 2002 par Mulot.

Cette initiative, combinée au rachat d’autres marques de pain d’épices, tel Auger, font de Mulot & Petitjean les gardiens d’un certain savoir-faire dijonnais, ce qui donne encore plus d’impact au label de Patrimoine vivant.

L’objectif est évidemment de conserver mais aussi de développer cette production à l’origine manuelle.

L’entreprise va de l’avant et enrichie sa gamme.

De la tradition des pavés à la coupe…

Au-delà des pavés à la coupe, des pains d’épices aux décorations de fruits confits (Comme la galoche), et des nonettes aux parfums variés (Framboise, cassis, abricot, citron et chocolat), on trouve des produits spécifiques aux saisons et aux fêtes (Figurines de Noël), mais aussi à un nouveau mode de vie.

… à l’innovation des produits du quotidien festif

La vogue des apéritifs dinatoires, inspirée des tapas espagnols, se retrouve dans des pains d’épices aux graines et sons de moutarde, ou aux olives noires et tomates, sans pour autant oublier le traditionnel pain d’épices tranché spécial toasts.

Une innovation ancrée dans l’ADN de Mulot & Petitjean, déjà présent sur le marché bourguignon et de la région parisienne (via la grande distribution), avec une production de 500 tonnes par an, et qui compte bien s’attaquer d’ici peu à la région lyonnaise.

Cet objectif a entrainé l’extension de la fabrique historique, qui depuis 1912 se trouve Boulevard de l’Ouest.

En tout 1000 m2 d’extension, pour la fabrication et un musée de 400 m2, autour de l’Histoire du pain d’épices et du riche patrimoine de Mulot & Petitjean, à découvrir ici.

Affiche-réclame de la fin du XIXe siècle (vers 1895), avant l’alliance avec la famille Petitjean.

Occasion nouvelle d’apprécier l’évolution d’une Maison artisanale préte à conquérir le Monde, grâce aux bienfaits de son éternel pavé de santé (?), tout en renforcant la mémoire sacrément gourmande de Dijon, cité internationale de la gastronomie.


Mulot & Petitjean  a trois boutiques à Dijon :

L’historique, 13 place Bossuet, au 16 rue de la Liberté et au 1 Place Notre-Dame.

Elles permettent, entre autres, de se fournir en glacé mince, à tremper dans le vin, en Malakoff, un « casse-dent » aux amandes et en pavé à la figue, excellent avec un foie gras.

Eglise St-Michel – Place Saint-Michel

« Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas »

Phrase célèbre et digne du mélodramatique et génial André Malraux, même si il a toujours nié avoir prononcé cette sentence.

Pourtant, dans sa correspondance, prolifique, on peut trouver cette lettre de 1955 sur la question du fondement religieux de la morale :

« Depuis cinquante ans la psychologie réintégre les démons dans l’homme. Tel est le bilan sérieux de la psychanalyse. Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connu l’humanité, va être d’y réintroduire les dieux »

Propos de son époque à mesurer aujourd’hui à l’aune de ce que nous vivons au nom de Dieu !

Néanmoins cette idée de morale prend de l’ampleur par les « manifs pour tous », où la joie d’affirmer sa vision étroite de la famille, relayée par le discours politique, de tous bords, et à tous degrés, de la bonne morale chrétienne aux saines valeurs républicaines.

Oui, nous sommes en perte de repéres alors que le but de chacun est souvent d’aller à la lumière, à l’amour, à la vie !

Des valeurs simples et vraies que l’on retrouve dans le discours d’une éternelle jeune fille aux écrits souvent mystiques, mais aussi universellement porteurs de tolérance et d’espoir.

A défaut d’un nouveau dieu, depuis le 16 octobre 2016 Dijon accueille une nouvelle sainte, Elisabeth de la Trinité, déjà béatifiée par le pape Jean-Paul II en 1984 et depuis canonisée par le pape François suite à deux miracles reconnus par l’Eglise catholique.

Elisabeth de la Trinité, Carmélite

Que l’on soit croyant ou non, c’est toujours un événement de voir une personne « normale », en l’occurence une fille d’officier, à la bonne éducation, douée au piano et qui aurait pu avoir une vie classique et confortable, faire le sacrificice, au début du XXe siècle, des joies terrestres par une volonté irrépressible d’entrer au Carmel et d’Aimer.

« Je vous en prie, marquez tout du sceau de l’Amour, il n’y a que cela qui demeure »

Sans transformer les églises en temples d’Eros, c’est une émotion universelle et certainement la seule morale acceptable face à une société qui a perdu le sens du respect et de la dignité.

Un rappel aux valeurs essentielles par une nouvelle sainte vénérable et admirable dans l’église de sa première communion, l’église Saint-Michel, construite fin XVe et début XVIe siècle entre un corps gothique et une remarquable façade de style « renaissance italienne » unique en France.

Un écrin toujours ouvert au culte, digne de trois objets d’art sacré offert à sa dévotion.

Dijon possède un musée d’art sacré réunissant les objets de piété et les ornements qui ne trouvaient plus leur utilité suite aux changements apportés par Vatican II, ou qui courraient le danger d’être volés pour être recédés à des amateurs d’art religieux.

C’est donc un second événement qui découle du premier, afin de le servir et de le propager, comme objet d’une foi renouvelée.

Trois objets, miroir de la Trinité qu’elle vénère et qu’elle incarne : Une châsse accueillant ses reliques, une statue symbole de sa bonhomie et de son âme apaisée et une icône, image mystique d’une vénération multipliable à l’infini.

La Châsse :

Ce coffret précieux recevant les reliques de sainte Elisabeth de la Trinité a été offert par les carmélites de France, ordre dont elle est issue, par le Carmel de Dijon, aujourd’hui implanté à Flavignerot.

Sa réalisation et son installation ont nécessité le talent de plusieurs artisans d’art au savoir-faire unique et souvent ancestral.

L’autel en pierre de 2,7 tonnes destiné à recevoir les reliques est l’oeuvre de l’entreprise Ducherpozat, basée à Fixin, maçons de père en fils depuis 1590 ce qui en fait selon le Guinness Book la plus ancienne famille de maçons au monde.

Une pierre de Chassagne extraite dans une carrière au sud de Nuits-Saint-Georges et taillée par Kevin Boudeau, un jeune compagnon effectuant son tour de France, qui a su allier la tradition de la taille au burin à la modernité, par la confection d’un tiroir recevant une plaque de leds pour illuminer la châsse par le dessous.

Service technologique à la lumière intérieure.

Socle de l’éclatante châsse en bronze doré, verre et émail réalisée par le sculpteur italien Stefano Borin, issu d’une famille de sculpteurs, peintres et décorateurs, de la région de Vérone, alliant l’amour des beaux-arts aux valeurs spirituelles.

Une oeuvre qui relie sa vie terrestre, par l’évocation de douze épisodes de la vie de la sainte, souvent tirés des nombreuses photographies qui nous reste d’elle, au message spirituel.

Cette châsse prend la forme d’une maison, une maison de Dieu (Signification du prénom Elisabeth en hébreu) afin de recevoir le reliquaire où figure le symbole du Carmel et le « Laudem Gloriae« , louange à la gloire de Dieu, en laquelle elle est incarnée.

Au sommet plâne la colombe du saint-Esprit, de laquelle émanent les rayons qui illuminérent toute la vie terrestre de la carmélite jusqu’à tracer sa mission de sainte.

« Je veux être sainte, sainte pour faire son bonheur. Demandez-lui que je ne vive plus que d’amour, c’est ma vocation »

Douze colonnes de verre marquent à chaque étape de sa vie la présence de Dieu.

Sa première communion, le 19 avril 1891, devant l’église Saint-Michel

De son baptême, le 22 juillet 1880 en passant par la mort de son père le 2 octobre 1887, sa première communion, en l’église St-Michel le 19 avril 1891, le premier prix du conservatoire couronnant ses talents de pianiste, son entrée au Carmel de Dijon le 2 août 1901, la rédaction, le 21 novembre 1904, de sa célèbre prière « O mon dieu, trinité que j’adore« , comme une offrande à l’amour, jusqu’à sa disparition le 9 novembre 1906 de la maladie d’Addison.

1893 – Une soirée dansante pour fêter le Premier Prix du Conservatoire

« Je vais à la lumière, à l’amour, à la vie »

L’entrée au Carmel le 2 août 1901. A la porte de la clôture elle se sépare de sa mére et de sa soeur

Elle passe ainsi d’Elisabeth Catez à sainte Elisabeth de la Trinité, par une vie courte et irréprochable mais surtout par de nombreux écrits, textes sacrés qui demeurent, selon son verbe favori issu du vocabulaire de saint Jean.

21 novembre 1904 – Dans sa cellule Elisabeth écrit sa fameuse prière « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore »

Outre ses lettres, Elisabeth a rédigé deux traités « Le ciel dans la foi » et « Dernière retraite » qui ont vite marqué les consciences ce qui a valu dès 1931 l’ouverture d’une première enquête en vue de sa béatification.

De là à dire que sa plume l’a amené au firmament du paradis…

La statue :

On retrouve cette idée de la page écrite qui s’envole dans la statue de la canonisation offerte par les carmélites de Flavignerot.

Une touche épistolaire et spirituelle dans ce portrait en pied, grandeur nature, qui se veut le plus proche physiquement de ce qu’était Elisabeth de la Trinité, le visage toujours souriant et apaisé, comme confiante dans cette Trinité qui orne, au niveau du coeur, son scapulaire : le cercle de la totalité divine, la croix du christ et la colombe de l’Esprit saint.

Vent de l’Esprit saint qui donne du relief aux premiers mots de sa prière, en lettres d’or : « Ô mon dieu Trinité que j’adore…« .

Cette figure de bronze patiné, réalisée dans la fonderie de Coubertin, impressionnante de par la taille et le calme qui en émane, est l’oeuvre de l’artiste Fleur Nabert, touche à tout de l’art sacré, du vitrail à l’orfévrerie en passant par le mobilier et le bronze, travail que l’on peut admirer dans la chapelle ND du Sourire à Lisieux et dans plusieurs cathédrales comme à Bruxelles, Metz ou Chartres.

A noter que comme Stefano Borin, l’auteur de la châsse, elle a travaillé au reliquaire de la famille Martin du sanctuaire de Lisieux.

Une union des talents artistiques pour sonder le Mystère divin avec passion et persévérance.

L’icône :

Depuis 1984, la bienheureuse Elisabeth de la Trinité a fait l’objet de nombreuses icônes.

En tant que sainte, la première a été réalisée par Alain Chenal, iconographe amateur, ingénieur de formation qui trouve dans cet exercice une forme de prière à partager avec tous, croyants ou non, à la recherche du sens de la vie.

Elle a été bénie le 8 novembre 2016 en l’église Saint-Michel et offerte à cette paroisse qui l’expose dans la chapelle Saint-André.

L’icône n’est pas un portrait mais une représentation de la personne intérieure, spirituelle, qui aide à pénétrer et célébrer le mystère divin qu’elle a approché, personnifiée en « Louange de Gloire ».

Elle apparaît au centre d’une mandorle de flammes, embrasée par l’Esprit saint tandis que la croix du Christ scintille sur son coeur et la fait rayonner.

En bas figurent le carmel de Flavignerot (A l’embléme de la croix et des trois étoiles symboliques) et l’église Saint-Michel qui font le lien entre la terre, le vert des grands espaces qu’elle appréciait tant et sa courbure qui lui donne son assise et la Trinité scintillante jusqu’à son auréole.

Elle est l’intermédiaire et l’incarnation de notre capacité à être aimable, aimant et surtout digne d’être aimé, malgré nos différences, subies et choisies.

L’intolérance n’est alors qu’une déficience humaine puisqu’Elisabeth porte en elle l’évidence d’un Dieu Trinité dont le père aime, le fils est aimé et l’Esprit saint est amour.


Oeuvres complétes, texte établi par le Père C. de Meester, Editions du Cerf


Renseignements à l’Espace Elisabeth, 16 rue Vaillant, devant l’église Saint-Michel, du lundi au vendredi de 15h à 17h.

Musée Rude – 8 rue Vaillant

Les aléas et les gloires de l’histoire dijonnaise se concentrent en un lieu dont le culte est désormais dédié aux Beaux-Arts.

Au Ve siècle, suite au saccage de Langres, siège épiscopal, Dijon accueille un groupe cathédral, dont l’église Saint-Etienne établie sur les fondations du rempart gallo-romain, le castrum, édifié vers 270 pour protéger « Diviomagus » (Antique Dijon) des invasions barbares.

Au XIIe siècle, Saint-Etienne devient une riche et importante abbaye dont l’église sera reconstruite plusieurs fois au cours des siècles jusqu’à devenir un temps, de 1731 à 1789, cathédrale.

Désaffectée en 1792 devenant Halle aux blés, bâtiment municipal, bourse et chambre de commerce, c’est depuis 2009 le centre administratif culturel de la ville qui regroupe le pôle documentaire, la conservation, le service des publics, l’administration du musée des beaux-arts, la Société des amis des Musées de Dijon ainsi que la bibliothèque municipale de prêt adultes du centre-ville.

Un ensemble appelé « La Nef » en référence à son emplacement dans l’église Saint-Etienne dont chaque espace, malgré les transformations, a été préservé pour offrir au public un large éventail de l’histoire et des gloires dijonnaises.

Ainsi le choeur permet de brasser du regard quelques siècles d’architecture, des restes du castrum du IIIe siècle dont on mesure la largeur, jusqu’à la crypte du XIe siècle dont on perçoit encore les bases de l’ancienne élévation.

Quant au transept, il a été aménagé en 1947 pour accueillir le moulage du « Départ des Volontaires de 1792« , communément appelé « La Marseillaise« , célèbre sculpture réalisée par François Rude sur le pied droit de l’Arc de Triomphe de l’Etoile à Paris.

Ce haut relief impressionnant, incrusté dans la voûte de l’édifice sacré, répond à d’autres moulages dont les oeuvres originales sont conservés au musée des Beaux-Arts, malheureusement mises au secret jusqu’en 2019, date prévue pour l’achèvement des travaux de rénovation des salles dédiées à l’art moderne.

D’ici là le musée Rude est la seule occasion de découvrir la virtuosité technique d’un artiste hors du commun.

François Rude est né le 4 janvier 1784 à Dijon, il entre dès 1800 à l’Ecole de Dessin de François Devosge pour suivre un enseignement fondé sur le dessin et le modelage d’après l’antique et le modèle vivant.

En 1807 recommandé par son maître auprès de Vivant Denon, directeur des Musées impériaux, François Rude quitte sa ville natale pour Paris.

Il fréquente quelques ateliers d’artistes avant d’être admis à l’Ecole impériale des Beaux-Arts en 1809 et d’obtenir le premier prix de Rome en 1812 avec « Aristée déplorant la perte de ses abeilles« .

Un thème classique, annonciateur des prochains tourments de l’Histoire qui ont amenés Rude, à la chute de l’Empire, à s’exiler avec son protecteur dijonnais, Louis Fremiet, à Bruxelles.

Ce n’est que 12 ans plus tard, en 1827, à son retour définitif à Paris qu’il affirme un talent qui le désigne comme l’un des principaux sculpteurs de sa génération.

Le sens de l’esthétique classique, la modernité de certains de ses sujets (« Le Petit pêcheur napolitain » – salons de 1831 et 1833) et une exaltation des gestes et des regards historiques l’amènent à réaliser son chef-d’oeuvre, cette « Marseillaise » sculptée qui emprunte à l’antique les costumes de ces héros révolutionnaires à l’expressivité romantique.

Rude apporte à ses réalisations une force vivante qui nous entraîne, même sans connaitre la personne ou le sujet représenté, dans un mouvement, dans un élan communicatif.

Le Maréchal Ney – 1838 – Plâtre (surmoulage)

Comment ne pas vouloir suivre la fougue du Maréchal Ney, comment ne pas entendre les voix qui résonnent dans le regard écarquillé de Jeanne d’Arc ?

Jeanne d’Arc écoutant ses voix – 1845 – Plâtre (surmoulage)

Les oeuvres de Rude renvoient à la nature humaine, à ses motivations, ses émotions, ses actions, qui font de l’artiste le grand maitre du romantisme sculpté dans le monument national.

Le lieu est réduit, la poussière du temps apporte une jeunesse à essuyer les plâtres mais quelle puissance extraordinaire ne renferme t-il pas !

Rude y gagne un hommage de sa ville en un concentré d’inspiration, de sublimation et de glorification d’une Histoire de France qui vous éclate en plein regard.


Musée Rude – 8 rue Vaillant – Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 17h – Entrée gratuite comme dans tous les musées de la ville de Dijon

Destin d’une brindille

Un retour aux sources est souvent la voie la plus naturelle au destin d’une brindille, exit Dijon et bonjour Chambolle-Musigny, un havre de paix dans la maison de l’ancienne cure (4B rue de l’église) propice aux projets, cueillettes et ateliers, même si une part de la ville demeure dans la morale de l’histoire à suivre…


Pollution, klaxons, empressement et violence plus ou moins sous-jacente sont le quotidien des villes où le peu de temps gagné par l’incivilité fait perdre l’essentiel…

Un monde de nature, de culture aux racines de nos origines qu’il faut sauvegarder pour ne pas s’oublier à jamais dans le rythme implacable d’une évolution à marche forcée qui n’apporte pas toujours la félicité.

Aussi, quelquefois, pousser une porte vous entraîne dans un monde parallèle ou l’important n’est pas d’avoir mais d’imaginer, de pénétrer dans un univers magique ou les cueillettes immémorables donnent corps aux contes de l’enfance et à ceux que certaines fées modernes inventent encore et toujours…

DESTIN D’UNE BRINDILLE

Estelle au destin tout tracé par ses parents inquiets de l’avenir, ne voyait dans le droit qu’une géométrie implacable où les sentiers battus immuables ne se trouvent entourés que d’angles affutés, gardes sans folie des âmes rêveuses.

Pourtant, un jour, le long d’une avenue à la rigueur hausmanienne, dans cet univers mineralo-bitumeux, une minuscule pensée blanche attira l’attention de notre héroïne.

Cette fleur était le symbole d’une vie, certes fragile, mais assez forte pour s’imposer dans un environnement a priori hostile.

Une leçon majeure de volonté afin d’échapper à cette règle implacable : L’ordre est d’or et l’épanouissement manque d’argent !

Pourtant ! Pourtant, quoi de plus important ? Réussir véritablement ne serait-il pas réussir son retour aux sources ? Appréhender sa vie en passion, en savoir-faire, en conscience manuelle, intellectualisme du geste ?

Tout quitter pour les forêts de Pontarlier, respirer, s’inspirer, imaginer au milieu des sapins aux souvenirs enfantins et de certains feuillus dont les branches fiérement dressées abandonnent quelquefois un peu d’eux-même au service des fées.

Ne rien arracher, ne rien couper, simplement récolter et c’est ainsi qu’Estelle découvre une brindille au destin singulier :

Dernière née d’un père plus que centenaire, c’est lors d’une tempête d’hiver qu’elle se décida à se détacher de la sève familiale, trop rigide et tortueuse pour une brindille dans l’air du temps…

… s’offrant tour à tour au mistral, tramontane, sirocco, libeccio, autant et levant, elle atterrit voici 50 ans en couverture des magazines, silhouette longiligne et triste mine du Swinging London, pour encore s’échapper, s’envoler et enfin revenir, desséchée auprès de ses parents.

Tout était dit jusqu’à cette rencontre fortuite lors d’une chasse végétale : baies, fruits défendus, mousses, lichens, lierre, pommes de pins, peau de bouleau et fleurs pétrifiées d’être desséchées… immortelles.

Une fois dans l’atelier, Estelle scie, soude et structure sa récolte nature, sublimant ce que beaucoup voyaient comme insignifiant.

Naissent alors cages à oiseaux, princesses, bracelets et couronnes d’ingénues, jardins de souvenirs, vitrines enchantées et compositions variées pour hôtels distingués, grands horlogers, banquets et jeunes mariés.

Une sortie de route salvatrice en chemins de traverse inspirant une autre façon d’appréhender le monde dont Estelle diffuse par une série d’ateliers la simplicité des éléments et la beauté du geste.

Une thérapie de l’art originel qu’elle a exportée jusqu’au Japon et un goût de faire par soi-même dont les petits secrets seront bientôt dévoilés dans un livre à sortir en avril prochain.

Une atmosphère à part où l’humain renoue avec la nature, comme Estelle et la brindille, dans une métamorphose avide de liberté, union parfaite, intime communion, qui invite à vous demander : Dis-je on ?


Estelle Meunier, végétal designer : http://www.destin-brindille.com

Un ours en ville – 102 rue Monge

Dijon, à défaut de posséder un parc zoologique, est une ville animalière.

Les béliers se portent en collier, les chouettes guident les touristes et la silhouette d’un ours se dessine, graphée sur les murs, élègante dans les vitrines et racée à l’entrée du jardin Darcy.

Icône de l’art animalier, l’Ours blanc de François Pompon, tailleur de pierre puis sculpteur originaire de Saulieu, est désormais un emblême de la ville.

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François Pompon, Ours blanc, 1923-1933, Pierre, H. 1.63 m ; L. 2.51 m ; P. 0.9 m, Musée d’Orsay

Un ours citadin qui nous entraîne jusqu’à l’enseigne de cette boutique de la rue Monge dédiée aux ursidés de tous poils.

Un paradis pour les arctophiles, ces collectionneurs, adultes, d’ours en peluche, qui retrouvent dans ce jouet douillet le gardien des souvenirs heureux.

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Inventé en Allemagne, en 1902, par l’entreprise Steiff, il gagne l’année suivante son surnom de « Teddy Bear », hommage singulier au grand chasseur qu’était le président américain Théodore Roosevelt.

Son succès tient surtout à sa nature.

L’ours en peluche est plus qu’un jouet, c’est un ami de l’enfance, un compagnon protecteur, et protégé, que l’on ne veut pas laisser s’échapper, au risque de se perdre dans un monde que la rumeur populaire dit être très éloigné du « Pays des bisounours« .

Aussi dans cet atelier-boutique un brin rétro, les meubles anciens sont patinés, un landau, années 50, accueille des pensionnaires et les ours vous tendent les bras afin de vous faire oublier vos soucis quotidiens.

Christelle en est la montreuse, créatrice, habilleuse et amoureuse de ces personnages à parts entières, répondant aux noms de Léon, Almyre ou Désiré, habillés selon leur fonction, de maître d’école ou de future épousée, ou selon les heures de la journée, de manteaux ou d’un bonnet de nuit.

Une vie sociale active, doublée d’un profil de vedette, qui depuis 15 ans les voit dessinés au fusain par Paulette Renaud dans des mises en scène de saison.

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Paulette Renaud, Oursonne bergére, fusain

Ainsi en septembre dernier a t-elle tiré le portrait des oursons écoliers…

Un univers, des histoires…, autant de créations de la vie.

Mais toute existence à une origine.

Pour Christelle c’est par les moments passés auprès de sa grand-mère, à coudre, à broder, et à apprendre le beau dans les règles de l’art, que sa passion est née.

Et même si le destin en a, d’abord, décidé autrement, le système éducatif français réservant l’apprentissage technique aux éléves les moins assidus, l’envie a été la plus forte.

Depuis plus de 20 ans elle en a fait son métier.

D’abord au fil des expositions, en France, comme au musée du jouet d’Uzès, mais aussi en Europe : Belgique, Pays-Bas et surtout l’Angleterre, terre chérie des Teddy Bear.

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Le savoir-faire d’exception de Christelle a fait sa renommée outre-manche aprés la publication d’un article dans un magazine spécialisé dans les ours de collection.

Sa clientèle reste toujours, en partie, britannique, à l’image de ce couple trés british qui possède plus d’un millier d’ursidés chez eux.

Néanmoins après plusieurs tours d’Europe l’envie de revenir à Dijon a été la plus forte.

Sans compter que la Bourgogne compte beaucoup d’expatriés britanniques.

Aussi depuis trois ans l’atelier-boutique accueille, à demeure, les amateurs de Bears et amoureux de l’artisanat.

Loin des peluches hydrocarburées, nous retrouvons ici le savoir faire et la qualité des premiers producteurs d’ours en peluche, Steiff mais aussi Michtom, premier fabricant, en 1903, d’ours articulés en mohair.

Une matière noble et naturelle, qu’utilise Christelle pour ses réalisations, issue des chèvres angora.

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Mohair tissé sur une trame par des entreprises spécialisées, principalement allemandes, mais aussi anglaises ou australiennes.

Fourrure de mohair, dessous de pattes en cachemire, yeux en verre, garnissage de ouate de coton, voir dans certains cas, de paille de bois.

La qualité essentielle pour de vrais sensations.

Une base solide pour des créations intemporelles.

Ici, l’inspiration n’est jamais loin de la tradition :

Chaque ours nécessite un véritablement cheminement créatif, du croquis à la réalisation manuelle (Une dizaine d’heures pour un ourson de 30 cm), même si la proportion des membres reste fidèle à l’esprit premier de l’ours en peluche.

Ainsi le rembourrage ferme, contrairement à ce qu’on trouve dans l’industrie, donne l’assise, le corps de l’ours, tandis qu’un système de goupilles et de rondelles permet d’articuler la tête et les pattes.

De même, les couleurs sont naturelles, beige, chocolat, blanc, roux, à base de pigments, principalement des ocres.

Les vêtements sont taillés dans des toiles anciennes, ou tricotés, dans des teintes se rapprochant de celle des fourrures.

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Enfin, le nez est brodé et les yeux, en verre comme à l’origine, permettent un reflet incomparable de la lumiére, générateur d’âme.

Néanmoins, chaque ours est unique, par sa tenue, son allure, mais aussi son attitude, presque charmeuse qui vous incite à l’inviter chez vous.

(Lors de ma visite Martial, l’intello, ne m’a pas laissé indifférent…)

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A supposer que vous ne trouviez pas votre bonheur en boutique, toutes vos envies, ou presques, sont réalisables, jusqu’à des ours de 120 cm, dont Christelle est spécialiste.

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Si la fibre créatrice vous titille, vous trouverez votre bonheur avec l’Ours en Kit.

Une boite composée d’un livret de création, de la fourrure mohair, des dessous de pattes, des yeux, des articulations et d’une photographie de la peluche finie.

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Une activité qui enrichit votre temps libre, vos pratiques créatives, et votre vocabulaire : Ne cousez plus, ne brodez plus, Ursidez !

Enfin, pour ceux qui ne manient pas l’aiguille et qui veulent néanmoins sauvegarder leur patrimoine émotionnel, vous pouvez faire appel à « Nounours en péril« .

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Une véritable clinique des peluches en détresse, pour soigner les articulations rouillées, la perte de rembourrage et les accidents de nettoyage. (Pas de pressing SVP !)

Un Ours en Ville c’est avant tout un ours à vie !

De la joie d’une naissance au cadeau artisanal, inter-générationnel, loin du jetable.

D’une réparation de la dernière chance aux retrouvailles, l’arme à l’oeil, de votre enfance.

Du simple sourire en regardant la vitrine à l’adoption de celui qui jamais ne vous quittera.

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Les Teddy Bears avides de miel voisinent depuis quelques mois avec des créatures à la taille de guêpe, les poupées Petitcolin, décorées à la main, qui élargissent le champ de la nostalgie et s’assortissent par leurs tenues, confectionnées par Christelle, à leurs camarades de tous poils…

… puisque en ce temps pascal les lapins font leur apparition dans la boutique.

Aussi mignons que les ursidés, ils regagneront bientôt leur terrier aussi n’hésitez pas à les poursuivre, telle Alice, pour découvrir ce pays des merveilles.

Musée d’Art Sacré – 17 rue Sainte Anne

Ralliez-vous au dôme de cuivre vert, surmonté d’un globe à la croix dorée, pour trouver l’un des musées de la ville de Dijon le plus spirituel et magique qui soit à un mois de Pâques.

Musée d’Art Sacré – Eglise Sainte Anne – XVIIe siècle

L’église Sainte Anne, sainte patronne de Dijon, était le sanctuaire du monastère des Bernardines qui abrite aujourd’hui le musée de la vie bourguignonne.

Classée monument historique en 1945, et depuis désaffectée, elle est le réceptacle du musée d’Art Sacré, créé en 1979, afin de recevoir les objets ayant pour but l’expression du sacré.

Objets qui ne trouvaient plus leur place après Vatican II, où qui pouvaient être exposés, notamment dans les campagnes, aux vols qui se multipliaient alors.

Musée d’Art Sacré – Intérieur de l’église Sainte Anne – Autel en bois et marbre polychrome réalisé par le sculpteur dijonnais Jean Dubois (1625-1694)

Dijon est l’une des première ville à se préocuper du sort de ces objets, passant du cultuel au culturel.

Son créateur et premier conservateur est Jean Marilier (1920-1991), chanoine de la Cathédrale de Dijon, historien, médiéviste et conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Côte-d’Or (1970-1988).

Son travail considérable permet d’embrasser du regard neuf siècles, du XIIe au XXe, de l’art sacré en Bourgogne et de suivre à travers la peinture, la sculpture, l’orfévrerie, le mobilier et les ornements liturgiques l’évolution du goût et du culte souvent très différent de celui pratiqué de nos jours dans les églises catholiques.

Vierge à l’enfant, anonyme, bois polychrome, XIVe siècle, provient de l’église de l’Assomption de Vandenesse-en-Auxois

Le musée met aussi l’accent, par des objets et des panneaux éducatifs, sur la vie des moniales de différentes congrégations (Bernardines, Carmélites, Cisterciennes…), leur quotidien entre pratique religieuse et les différentes activités, dont l’éducation des jeunes filles.

Mais regardons d’un peu plus près certains objets, choisis pour leur histoire, leur aspect curieux ou ludique, pour leur richesse ou simplement pour leur beauté.

Commençons par Le petit roi de Grâce qui provient du Carmel d’autun.

Le petit roi de Grâce entouré d’ex-voto, plâtre peint, drap d’or, fourrure, pierres précieuses, verre taillé, perles, métal doré et bois, XIXe siècle, provient du Carmel d’Autun

Cette figure enfantine, aux traits d’un beau poupon richement vétu, trouve son origine au Carmel de Beaune dont les moniales, et particulièrement la fondatrice Marguerite du Saint-Sacrement, ont beaucoup prié pour que la Reine Anne d’Autriche, après 22 ans de mariage, ait enfin un Dauphin à offrir à la France.

Voeux exaucés le 5 septembre 1638, ce qui vaudra à ce Carmel les largesses royales .

Marguerite du Saint-Sacrement fera alors rayonner l’esprit d’enfance, entre le prince appelé à régner et le roi éternel, Jésus, créant une figure nouvelle dans la vénération christique.

Nous retrouvons ici l’une de ces figures, datant très certainement des débuts de la Restauration, qui a fait l’objet de dons et d’ex-voto, particuliérement de Croix de la Légion d’Honneur.

Dualité étonnante, de l’offrande d’un ordre à l’origine militaire, afin d’obtenir des grâces auprés de l’image du rédempteur des plaies du monde.

Autre curiosité, mystique : Un Paradis sous vitrine. Représentation miniature, où huit novices et quinze professes vaquent à leurs activités quotidiennes tandis qu’à une échelle sur-humaine, qui marque la supériorité divine, une Crucifixion domine le paysage bucolique.

Paradis, verre filé, verre soufflé, terre cuite, papier, bois, coquillages, végétaux séchés, gravure sur papier découpée et collée, XVIIIe et XIXe siècles, Provient du Carmel de Dijon puis de Beaune

Allégorie étonnante, entre le rêve spirituel et l’objet d’une foi ardente, à la représentation très médiévale, même si nous sommes au XIXe siècle, la grotte de Lourdes étant représentée juste au dessus de la Vierge.

Plus quotidien dans la pratique du culte, un fer à Hosties du XVe siècle, un outil au combien utile dans une congrégation.

Fer à Hosties, acier forgé et gravé, XVe siècle

On note aussi la présence de nombreuses reliques dont l’Eglise a abandonné l’usage lors des différentes réformes religieuses.

Reliquaire d’une côte de Saint Bernard, Abbaye de Clairvaux

Des meubles entiers sont les présentoirs de ces ossuaires mystiques.

Présence aussi de nombreuses statues de saints, de différentes époques mais toujours d’une grande qualité qui en a fait classer bon nombre par les monuments historiques.

Saint Sébastien, anonyme, bois polychrome, XVIIe siècle, Provient de l’église Saint-Bernard de Fontaine-lès-Dijon

Une bonne façon de les préserver des pilleurs-revendeurs.

Le musée d’art sacré expose aussi des objets liturgiques et de piété d’une grande richesse, par les matériaux et l’ornementation.

Dans le choeur des religieuses, la présentation particulièrement somptueuse de l’orfévrerie, par époque, permet de marquer l’évolution de la manière.

Orfévrerie, XIXe siècle, ciboires, burettes et plateaux, calices et paténes, argent et laiton doré

Se trouver face à ces vitrines étincelantes montre toute la magnificence et le décorum que l’Eglise, jusqu’au milieu du XXe siècle, a mis en place pour marquer le sacré de la plus belle des façons.

Prestige des métiers d’art qui a permis de faire vivre de nombreux artisans, tout en perpétuant des savoir-faire que des objets moins voyants n’auraient pas portés aussi haut.

Non loin de ces cascades de cristal et d’argent doré, on peut apercevoir l’objet le plus délicat du musée.

Un crucifix, avec son écrin d’origine, que le Pape Alexandre VII a offert à l’ex-Reine Christine de Suède qui venait de se convertir au catholicisme auprès du Souverain Pontife.

Crucifix dit de Christine de Suède (1626-1689), Reine de Suède (1632-1654) ; cristal de roche, coquille de coco, améthyste, rubis, diamant, lapis, agathe sardoine, or ; Italie, XVIIe siècle ; Provient de l’hôpital général de Dijon

Lors de son retour de Rome, la Reine Christine passe par Dijon, le 27 août 1656, reçue selon son rang et assez ravie de cet accueil pour l’offrir à un ecclésiastique, aujourd’hui inconnu, qui le revendit rapidement à l’Abbé Montcrif, chanoine et doyen de l’Evêché d’Autun.

On en perd ensuite la trace, pour le retrouver en 1742 acheté par Claude Joly, prètre de Saint-Nicolas de Chatillon, dont le petit-neveu hérite bien des années plus tard pour enfin l’offrir, en 1859, à l’hôpital général de Dijon afin d’être placé, à perpétuité, a proximité du tombeau du Bienheureux Bénigne Joly.

La perpétuité s’est éteinte dés le début du XXe siècle, pour des raisons de sécurité aux vues de la richesse de l’objet, et ce n’est que depuis 2012 que ce crucifix, papal et royal, est à nouveau visible, tout en étant toujours la propriété du CHU de Dijon.

Que de belles histoires ce musée ne recèle-t-il pas ?

Voyagez en Bourgogne sur le mode liturgique, découvrez le sens premier des objets cultuels et ressentez l’évolution des pratiques et des sensibilités religieuses.

Car le sacré, alliance de l’inaccessible et de l’espoir, porte en ce musée la clé de bien des bonheurs.

Le premier est de retrouver, par l’image, un principe essentiel de toute croyance : le sens des valeurs.

Jacques 1er Laudin, La charité de Saint Martin, Limoges, émail sur cuivre, après 1650, Dépot du Musée des Beaux-Arts de Dijon, collection Dard

Le musée d’Art Sacré de la ville de Dijon est classé Musée de France.

L’entrée est gratuite et ouverte tous les jours, sauf les mardis, ainsi que les 1er et 8 mai, le 14 juillet et les 1er et 11 novembre, le 25 décembre et le 1er janvier

Dijon à l’art européen

Le duché de Bourgogne se rêvait en son temps comme intermédiaire, marqueur artistique entre le royaume de France, le Saint-Empire romain germanique et les états souverains d’Italie.

Une utopie du XVe siècle qui se révèle depuis quelques années à Dijon dans le cadre d’une harmonie européenne culturelle, ciment fédérateur à une politique commune qui ne l’est pas toujours.

Mars permet donc de voyager au rythme des musiques transalpines et des films allemands.

Déjà la 12eme édition d’ITALIART, l’unique festival italien pluridisciplinaire de France.

Une manifestation populaire de qualité, aussi festive que créative pour des échanges humains, culturels et intellectuels chaleureux en mode Dolce Vita.

Théâtre, Opéra, musique (pop, jazz, rock, folk), expositions (peinture, photo, graphisme) et performances en tous genres…

Programme généreux à la Fellini, raffinés à la Visconti et ambigus à la Pasolini.

Daniela Corsini « Larthia »

Découvrez aux Halles les oeuvres photographiques picturales de Daniela Corsini, Pop Art numérique en archéovision, écoutez à l’ABC l’ironique et irrévérencieux Bobo Rondelli, chanteur-ambassadeur de sa Toscane natale, ou dégustez à l’Auditorium le « Simon Bocanegra » de Giuseppe Verdi, une histoire tragique entre amour et complot politique inspiré de Shakespeare.

Jusqu’au 31 mars l’offre est multiple, variée, joyeuse et fantaisiste : artistes de rue, photographes qui subliment la beauté, la Horla vue par une compagnie dijonnaise, chanteurs folk et artistes de jazz, de la rue Berbisey au Cellier de Clairvaux, des bars à l’hôtel de Vogüé, il y en a pour tous les appétits, pour toutes les bourses et tous les plaisirs… dans un programme complet à savourer ici.

Même diversité et même fougue avec la 4e édition de KINOSCOPE, festival de cinéma allemand organisé par, et au, cinéma Devosge avec les étudiants du BTS Communication du lycée Les Arcades.

Du 12 au 16 mars venez découvrir la nouvelle vague de réalisateurs allemands, dignes successeurs de Murnau, Ophuls ou Lubitsch qui ont contribué à la magie des salles obscures.

Dijon est depuis 1996 un centre majeur de la promotion et du développement des relations franco-allemandes, avec, particulièrement, la maison Rhénanie-Palatinat, 29 rue Buffon, qui propose tout au long de l’année expositions, conférences, concerts, cours de langue et diverses animations pédagogiques.

Ce festival est un élément supplémentaire à la découverte d’un pays voisin et néanmoins encore lourd de clichés.

Aussi, en dehors de la soirée d’inauguration nourrie de ceux-ci, à la bière, aux bretzels et aux würste, le premier film présenté « Western » est un manifeste anti-préjugés qui en appelle au sens de l’aventure pour oser l’ouverture.

Licht – Mademoiselle Paradis

Une programmation à contre courant des attentes qui démontre la richesse de fond et de forme du cinéma trans-rhénan, de « Mademoiselle Paradis« , en soirée d’inauguration, histoire vraie de la relation d’une pianiste aveugle et de son médecin qui tente de lui redonner la vue, à « Braqueur » récit d’un marathonien doué et voleur en série, en passant par la jeunesse de Karl Marx et l’explosion d’ego d’un critique musical, prêt à tout pour nous plonger « La tête à l’envers« .

Des films de quelques années à quelques mois aux avant-premières, pour rattraper son retard dans un cinéma allemand qui oscille entre son Histoire et les petites histoires, entre gloire et farce, aventures humaines de la combativité à la tendresse… Une occasion rare à ne pas manquer !

Autant d’invitations aux voyages immobiles qui ne nécessitent que quelques pas pour exploser son capital découverte.

Le Consortium – 37 rue de Longvic – Printemps 2018

La création est une offrande à ses rêves tout autant qu’un hommage aux époques et aux personnes qui les ont nourri.

L’imagination est une dynamite qui ne s’exprime pas sans l’étincelle qui a engendré l’imaginaire.

Jay DeFeo

Le Consortium, cette saison, nous fait voyager dans le temps par quatre expositions, révérences aux références, moteurs multiples d’une personnalité inspirée, admirations mouvantes du temps perdu à conquérir son idéal, nostalgies offertes aux fringales futuristes.

La première nous fait découvrir Jay DeFeo, femme, américaine, artiste de la matière, inspirée du tout, créatrice sans entrave.

Une liberté d’action, des années 50 à sa disparition en 1989, qui l’associe à la « Beat Generation » selon le terme inventé par Jack Kerouac en 1948, qui oscille entre « béatitude » et « fatigue » face à une société qui se jette furieusement dans la sur-consommation.

Jay Defeo en crée le manifeste plastique à charge avec « The Rose » une masse de peinture liée à du mica lentement élaborée de 1958 à 1966, passant par plusieurs stades, gagnant à chaque fois en taille et volume jusqu’à atteindre 3 m 27 de haut, 2 m 35 de large et 28 cm d’épaisseur pour plus d’une tonne de matière.

« The Rose » – Whitney Museum of American Art – New York

Une oeuvre obèse expulsée de l’appartement qui l’a vu naître, en même temps que sa créatrice, en cassant les murs et en utilisant un chariot élévateur.

Flower Power ultime d’une société sans limite, qui en fait l’oeuvre emblématique d’un monde occidental post-nucléaire.

Une énergie créatrice, visible ici en échelle réduite, par une série de peintures et de collages mis en perspective avec le travail de onze artistes de la nouvelle génération entrainés par cette vague toujours en mouvement.

La ligne, la matière, les motifs, les références à l’histoire de l’art et aux médiums originaux se trouvent multipliés en effet de miroir confronté.

Ugo Rondinome transforme la toile en mur trompe-l’oeil, jute noircie en effet de briques, faux-semblant symptomatique de nos fantasmes et réalités de séparations passées et à venir.

Oscar Tuazon, veut quant à lui, reconstituer le mur détruit pour évacuer « The Rose« , porteur autant que l’oeuvre sauvegardée de l’acte créatif.

Gay Outlaw se nourrit de références classiques, cercle parfait de Giotto, en sucre ambré, caramel concentrique qui ne tardera pas à l’époque du réchauffement climatique à enduire les murs d’une substance calorique.

Wyatt Kahn se plie à l’ambiguïté peinture-sclupture en formes de plomb imbriquées dans une géométrie picturale écho à ses dessins pris de reliefs sous-jascents.

Et Tobias Pils, invité de la précédente exposition du Consortium, graffite les toiles d’encre dont les lignes épurées ne dissimulent pas longtemps les objets d’une libération sexuelle archétypale de la « Beat Generation« .

Autant de clins d’oeil à l’art de la liberté initié par Jay DeFeo qui se joue des limites pour mieux les réinventer.

Deuxième exposition et autre artiste à repousser les extrêmes, Rebecca Warren présente son travail bouillonnant et technicolor.

Des totems expressifs, odes brutales par leur texture à une féminité affirmée sans tomber dans les clichés de courbes quasi-machistes.

On retrouve dans ses oeuvres, d’argile, de bronze et d’acier soudé les silhouettes graciles de Giacometti taguées de teintes pastel.

Deux mondes qui s’entrechoquent, deux clichés, de la minceur et du mignon, qui collent aux femmes dans une normalisation illustrative.

Ainsi, Rebecca Warren en mélangeant les poncifs nous montre des créatures torturées qui agissent entres elles, dans une harmonie plus complexe qu’au premier regard.

Une manière habile de donner de la profondeur aux apparences.

Troisième exposition, « Southern Garden of the Château Bellevue » du jeune artiste américain Matthew Lutz-Kinoy nous entraîne dans un revival rococo à la française.

Une série de toiles décoratives réalisées pour la grande galerie du premier étage du Consortium et inspirées par les salles dédiées au peintre François Boucher dans le musée de la collection Frick à New-York : des panneaux muraux représentant des enfants jouant aux adultes.

Tout l’art de vivre du XVIIIe siècle s’y retrouve, du tracé des jardins à l’anglaise, aux teintes délicates, blond, bleu, rose et orangé, en passant par les scènes naturalistes et les chairs généreuses plus ou moins disloquées…

Car ces toiles témoignent aussi d’un certain libertinage homosexuel, inspiré cette fois des dessins érotiques de Cocteau et de son fameux « Livre blanc« , fantasmagories de marins enchevétrés et de michetons prêts à satisfaire tous les fantasmes de ces messieurs.

Matthew Lutz-Kinoy réussit à rendre le tout agréable à l’oeil et à renouer superbement avec l’art de l’ornement, créateur d’une atmosphère raffinée telle qu’il n’en existait plus depuis Cocteau et la période faste des grands bals et fêtes dans les demeures de ses riches amis, la villa blanche à Tamaris ou la villa Santo-Sospir de Francine Weisweiller à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Une époque disparue qu’il est toujours agréable de voir réapparaître au détours d’une galerie.

Il serait donc dommage de ne pas continuer la découverte de ces mondes perdus avec la dernière exposition : « My Colorful Life » de Pierre Keller.

Cet ancien directeur de l’ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne (1995-2011) a construit son art à une époque où la rue, les clubs et les backrooms étaient les principales sources d’inspiration.

Ne lachant pas son appareil photo, bien avant que ce ne soit un geste machinal, il a conservé la mémoire de plaisirs qui ne devaient être qu’éphémères.

Cet art du dévoilement se retrouve ici dans les nombreux polaroïds d’une époque définitivement close, celle d’une insouciance tant cérébrale que sexuelle, l’un entraînant certainement l’autre, où apparaissent les génies répondant aux noms de Warhol, Haring ou le bel anonyme au talent particulier.

Des images plus suggestives que pornographiques, qui ne laissent pas le goût amer d’une expérience interdite qui finit mal.

La jouissance du passé est comme en suspend et peut encore se vivre aujourd’hui, là est l’art de Pierre Keller, avoir fixé à jamais cette courte période de liberté totale, entre l’affirmation gay de Stonewall et l’apparition du sida.

12 à 13 ans d’une vie débridée, performance mortifère dont ces polaroïds témoignent encore de sa raison d’être.

Quatre expositions liées dans un jeu de mouchoir, entre émotion, agitation et recyclage d’un art qui se doit de provoquer demain.


Expositions à voir jusqu’au 20 mai, plus de renseignements ici.

11e GéNéRiQ Festival – Le Festival des tumultes musicaux en ville

Février, dernier mois à pleurer avant de crever… de la chaleur des tropiques galopantes, ce qui nécessite un rapprochement en chaleur humaine dont la musique est le meilleur vecteur naturel.

L’homme calorifère du festival GéNéRiQ est un hybride garçon vacher-super héros, produit pop bourguignon d’une affiche signée Mr Choubi, d’où l’envie irrépressible, tortueuse… tordante d’un gros besoin de musique étonnante, détonnante, pulsante, voire même reposante…

Super BFC vous entraîne à la vitesse de l’éclair, du 7 au 11, entre Besançon, Belfort, Montbéliard et Mulhouse mais pour les plus surexcités des pantouflards, clubbers-charentaises, restons à Dijon pour découvrir un programme déjà bien mouvant.

7 lieux en 5 jours, parmi eux la Vapeur renaissante, 42 avenue de Stalingrad, dont l’inauguration le 7 février est le générique de GéNéRiQ, pour ceux qui suivent le film…

Le Cellier de Clairvaux, 27 boulevard de la Trémouille, en est le saloon-gotham officiel, à boire, à s’occuper, à manger et à écouter, la salle des actes de l’Hôtel Despringles, 47 rue Crébillon, goûte, brunche et savoure, la Minoterie, 75 avenue Jean Jaurès, occupe les petits, le Consortium, 37 rue de Longvic, s’art-monise en Barnum et l’Hôtel de Vogüé, 8 rue de la chouette, accueille les ronfleurs casqués.

Un tour de la ville, avec ou sans bourse mais toujours avec vie, pour un tour d’horizon de la scène nationale et internationale dont quelques têtes d’affiche à ne pas louper.

A tout seigneur tout honneur La Vapeur essuie les plâtres avec Tricky en un trip hop envoûtant et sussuré, qui a fait son succès au sein de Massive Attack. Ca brume, ça fume pour mieux camoufler sa gueule cabossée et ne retenir que sa voix qui l’est tout autant…

Que seraient Oasis, les Stones Roses ou les Smiths sans Wire, un groupe new wave des cavernes au son punk des origines, so vintage et british, du costume de Saville Row à la bière pas chère qui le parfume…

Le lendemain, toujours à la Vapeur, les DJs allemands de Modeselektor oscillent entre électro, techno et hip hop qui forment le chaos d’un son unique diffusé dans les clubs des quatres coins du monde…

Des « pointures » qui donnent envi de découvrir ailleurs la prochaine santiag sur mesure.

Pour bouger, collé, serré et transpirer sans frais, samedi à 17h passez au YachtClub de l’Hôtel Despringles, quatres jeunes musiciens, un bazar d’objets et un clavier 90’s pour des mélodies enfantines crashées dans l’adolescence par une explosion de guitares et de batteries…

Un autre petit nouveau qui a fait ses armes dans deux groupes, Alan Cock et Moon Pallas, avant une aventure en solo : Malik Djoudi s’inscrit dans la lignée des new romantic à la française, avec des sons-émotions pour emballer grave (!?.) sur des beats entêtants et des synthés planants… samedi 20 h La Vapeur…

Enfin, parmi tant d’autres incontournables à découvrir révisons nos classiques pas si sages, nos antiquités lubriques, dimanche au Consortium, à travers le prisme dingue de Lysistrata, trois petits jeunes prêts à en découdre avec la scène, le public et le rythme dans une transe énergétique. Faites du son pas la guerre ! …

Un festival qui bouge les murs, ouvre les voies et fait découvrir l’avenir d’une musique bien trop souvent cantonnée aux ascenseurs, supermarchés et plateaux télés en roue libre… Car c’est beau une ville qui vit !


Programme complet ici